Un ex-rockeur néonazi déploie sa « mutuelle communale » dans des villes d’extrême droite

Médiapart, 30 septembre 2015, Marine Turchi

Après Robert Ménard à Béziers, au tour du maire FN de Fréjus de proposer une « mutuelle communale ». À la tête de cette société, Robert Ottaviani, ancien chanteur d’un groupe de rock néonazi. C’est la troisième fois que David Rachline fait appel à une société liée à l’extrême droite.

Après Béziers, au tour de Fréjus, autre ville d’extrême droite, de proposer une « mutuelle communale ». Sur son site, dans le journal municipal et sur les réseaux sociaux, la mairie annonce en fanfare cette « offre mutualiste sociale » qui propose des tarifs préférentiels aux habitants grâce à des contrats négociés avec la ville. Deux réunions publiques sur le sujet ont été organisées autour d’une équipe présentée comme « spécialiste dans la création de complémentaires santé communales ».

Cette « mutuelle communale » est un concept créé en mai 2015 par Traditia, une entreprise bordelaise spécialisée dans le courtage et la gestion de patrimoine. Le gérant des branches immobilier et entreprises – et directeur général de cette mutuelle – est un personnage au parcours chargé : Robert Ottaviani, qui a inauguré le 18 septembre le local, aux côtés du maire FN David Rachline.

Robert Ottaviani et David Rachline, lors de l'inauguration de la permanence de «Fréjus Santé Solidarité», le 18 septembre 2015.
Robert Ottaviani et David Rachline, lors de l’inauguration de la permanence de «Fréjus Santé Solidarité», le 18 septembre 2015. © Twitter / david_rachline

Proche des identitaires, et ex-cadre du FN, Robert Ottaviani fut le chanteur d’Ultime Assaut, un groupe de rock identitaire français (RIF) de la mouvance skinhead des années 1990. Parmi les chansons de ce groupe, on trouve ce titre-hommage à la Légion des volontaires français (LVF) qui, durant la Seconde Guerre mondiale, se sont engagés aux côtés des Allemands au sein de la division SS Charlemagne (le clip est visible ici).

Interrogé il y a quelques années par Libération, Ottaviani avait démenti cet engagement. Pourtant, le quotidien rappelait que son appartenance à ce groupe figure dans des bulletins internes du Front national de la Jeunesse (FNJ) de l’Essonne, où il militait avant d’en devenir le directeur national adjoint de 1993 à 1995.

Après un aller-retour au MNR de Bruno Mégret, Ottaviani était revenu au Front national. En 2008, il a pris la tête de l’association Energie Bleu Marine créée pour soutenir la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2012 – une sorte de « Rassemblement bleu marine » avant l’heure. À l’époque, le choix d’Ottaviani fait désordre, étant donné la volonté affichée, déjà, par Marine Le Pen de « dédiaboliser » le parti.

Depuis, le militant a rebondi avec les identitaires, dont l’influence au Front national est croissante. En décembre, il militait pour l’entrée au FN du leader identitaire Philippe Vardon, qui a depuis rejoint la campagne de Marion Maréchal-Le Pen :

L’année dernière, Rue89 avait révélé son arrivée à Béziers, ville conquise par Robert Ménard, maire apparenté FN et proche des identitaires lui aussi. L’ex-chanteur y proposait sa « mutuelle sociale ». Robert Ménard s’était dit « très fier de ce dispositif »qui « ne coûte rien [à la ville] ». « Nous en avons fait la promotion. Les villages autour nous demandent d’en bénéficier. Cela veut dire que ça répond à une vraie demande. Mille personnes y ont déjà souscrit », avait-il affirmé à Mediapart, en novembre 2014.

Le maire avait moins communiqué sur la société bordelaise qui pilote ce projet. « Ce sont les gens de cette Mutuelle qui ont pris contact avec moi, car ils ont su que je faisais campagne là-dessus, je ne les connaissais pas, avait-il assuré à Mediapart. Ils nous ont fait une superbe propositionRobert Ottaviani m’a sollicité directement, même pas lui, son patron, dont je n’ai pas le nom. »

D’après nos informations, l’ancien chanteur n’était pas arrivé par hasard : c’est son ami Christophe Pacotte, ancien cadre du Bloc identitaire, alors chef de cabinet de Ménard, qui l’a contacté. « Il fallait trouver un mutualiste. Pacotte a contacté Ottaviani, il a étudié le projet. Ça marche bien, le service est largement rentable », nous avait expliqué un très proche du maire.

Robert Ottaviani et Christophe Pacotte en septembre 2013.Robert Ottaviani et Christophe Pacotte en septembre 2013.

Aujourd’hui, le scénario se reproduit à Fréjus, autre ville d’extrême droite. Le choix aurait été géré directement par le maire frontiste et son directeur général des services, Philippe Lottiaux, ex-collaborateur de Patrick Balkany à Levallois. Sur une pleine page, le quotidien Var-Matin annonce que Fréjus est « pionnière de la mutuelle communale ». Philippe Lottiaux y avance les mêmes arguments que Robert Ménard : « Cette offre mutualiste s’inscrit dans le cadre de notre politique sociale, pour permettre à un maximum de personnes de se soigner. Elle ne coûte rien à la commune, nous ne faisons que communiquer sur l’initiative. » D’après lui, depuis l’ouverture de la permanence, « les demandes de devis affluent ».

Dans Var-Matin toujours, l’« expert » Robert Ottaviani fait la promotion de son concept et promet « une économie pouvant aller jusqu’à 70 % » avec certaines formules. Mais« attention on n’est pas du low-cost », prévient-il. Sollicités par Mediapart, ni Ottaviani, ni la mairie n’ont donné suite.

Ce n’est pas la première fois que David Rachline choisit un prestataire issu de l’extrême droite. Dès son arrivée à la mairie, il avait fait appel, pour préparer son budget, à la Financière des territoires, dont le président officiait sous pseudonyme au Front national. Pour animer les Arènes de la ville, chaque été, il a aussi opté pour la Patrouille de l’événement : cette toute jeune société est dirigée par un ancien militant du groupuscule néonazi la Fane, par ailleurs prestataire du FN en 2012, et par un ancien du bureau d’Europe Jeunesse (mouvement scout du GRECE, une organisation d’extrême droite), aujourd’hui proche des identitaires.

Le point commun de ces sociétés ? Elles se sont créées au moment du succès du Front national aux municipales. Certains opposants locaux se sont à plusieurs reprises interrogés sur le choix « douteux » de ces « sociétés parisiennes ». Le maire, lui, s’est toujours défendu de tout copinage (lire nos enquêtes ici et ).

Cet été, la Patrouille de l’événement a laissé entrevoir ses choix idéologiques en programmant, dans les Arènes, In Memoriam, groupe de rock identitaire fondé en 1996 par des étudiants nationalistes. Face à la polémique, le maire les a soutenus en invoquant « la liberté d’expression » et « la liberté artistique ».

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