Du Peuple Juif – Article Inutile Mais Nécessaire

Article rédigé par un camarade antifa sioniste.

 »

Préambule : Cet article vise à répondre aux propos trop souvent entendus ou lus visant, dans une logique politique antisémite de se poser en antisioniste politique tout en se dédouanant de tout antisémitisme (et ce dans un arc de cercle politique allant de l’Etrême-Droite à l’Extrême-Gauche), ne définissant le terme « juif » que comme religieux et niant la notion de « Juif » en tant que peuple.

 

Il est nécessaire de préciser que le sionisme (qui n’est pas une idéologie mais une aspiration à l’établissement d’un foyer national juif – étatique ou non) repose sur une idée « nationale » du « peuple Juif » (car il s’agit bien, dans le cadre de l’antisémitisme, d’une question nationale) et que le mouvement sioniste était traversé par des contradictions internes ; que le mouvement sioniste était représenté aussi, en dehors de mouvements religieux et réactionnaires, de mouvements socialistes, marxistes et anarchistes.

 

Il est malheureusement fondamental, dans un premier temps, de prendre la définition du terme « J/juif » et  « peuple ». Je dis malheureusement car il ne devrait même pas être besoin de le faire, mais une fois de plus, les antisémites nous obligent à mettre les choses au clair. Or donc, de la définition propre des termes « juifs » et « peuple » (dont nous prendrons ici les définissions du dictionaire Larousse) :

 

J/juif :

  • Dans l’Antiquité, habitant du royaume de Juda.
  • Personne qui professe la religion judaïque : Un juif pratiquant.
  • Personne appartenant à la communauté israélite, au peuple juif. (Avec une majuscule en ce sens.)

J’ajoute à titre personnel la définition donné par wikipedia :

 

Les Juifs (hébreu : יְהוּדִים / yehoudim, grec ancien : Ἰουδαῖοι / Ioudaĩoi, latin : Iudaei, etc.) sont les membres d’un peuple lié à sa propre religion, le judaïsme, et au sens large du terme à une appartenance ethnique et religieuse.

 

Peuple :

  • Ensemble de personnes vivant en société sur un même territoire et unies par des liens culturels, des institutions politiques : Le peuple français. (Le peuple est, avec le territoire et l’organisation politique, l’un des trois éléments constitutifs de l’État.)
  • Communauté de gens unis par leur origine, leur mode de vie, leur langue ou leur culture : La dispersion du peuple juif.
  • Ensemble de personnes définies par la région qu’elles habitent : Le peuple des campagnes.
  • Familier. Grand nombre de personnes dans un endroit : Il y a du peuple sur la place.
  • Ensemble des citoyens d’un pays par rapport aux gouvernants (au singulier) : Être élu du peuple.
  • Le plus grand nombre, la masse des gens, par opposition à ceux qui s’en distinguent par leur niveau social, culturel ou par opposition aux classes possédantes, à la bourgeoisie : Un homme issu du peuple.
  • Familier. Tout le monde : Il ne faudrait pas se moquer du peuple !

Si nous regardons les défintions du Larousse, la réponse à la question est de fait dans le dictionnaire. Mais comme il est aujourd’hui répendu la négation des mots et de leur sens afin de justifier les pires pensées et idéologie, je dévelloperai mon propos malgré tout.

 

Parmi les définitions de « peuple », reprenons les une par une en excluant la seconde, sur laquelle nous reviendons :

 

  • Ensemble de personnes vivant en société sur un même territoire et unies par des liens culturels, des institutions politiques : Le peuple français. (Le peuple est, avec le territoire et l’organisation politique, l’un des trois éléments constitutifs de l’État.)

La notion de peuple juif n’entre donc pas dans celle-ci, du moins jusqu’à la création de l’Etat d’Israël. Mais nos chers antisémites-antisionistes niant la raison même d’Israël comme « foyer national du peuple juif », passons.

 

  • Ensemble de personnes définies par la région qu’elles habitent : Le peuple des campagnes.
  • Familier. Grand nombre de personnes dans un endroit : Il y a du peuple sur la place.
  • Ensemble des citoyens d’un pays par rapport aux gouvernants (au singulier) : Être élu du peuple.
  • Le plus grand nombre, la masse des gens, par opposition à ceux qui s’en distinguent par leur niveau social, culturel ou par opposition aux classes possédantes, à la bourgeoisie : Un homme issu du peuple.
  • Familier. Tout le monde : Il ne faudrait pas se moquer du peuple !

Celles-ci ne nous concernent pas dans mon propos, puisqu’il s’agit de définitions plus « vulgarisatrices » et « populaires ».

 

Nous reste donc cette fameuse définition du dictionnaire Larousse :

 

  • Communauté de gens unis par leur origine, leur mode de vie, leur langue ou leur culture : La dispersion du peuple juif.

 

Avant de poursuivre mon propos, je me dois de revenir sur un livre devenu célèbre dans le milieu antisémite-antisioniste, que ce soit dans l’Extrême-Gauche aussi bien que dans l’Extrême-Droite (ce qui devrait ammener certaines personnes à se poser des questions, mais même si le propos est lié, il pourrait être l’objet d’un autre article sur les ponts idéologiques entre ces deux courants politiques sous couvert d’antisionisme) : Comment le Peuple Juif fut inventé de Shlomo Sand :

 

Je vais essayer de résumer le propos de Shlomo Sand selon son analyse :

 

1/ il n’existe pas de lien biologique entre les différents « Juifs » du monde.

2/ les Ashkénazes (Juifs d’Europe orientale, centrale et occidentale pour résumer) sont les descendant de conversions massives de l’Empire Khazar (conversions massives n’ayant jamais eu lieu selon toutes les recherches historiques sérieuses sur le sujet).

=> il n’existe pas de « peuple juif ».

 

Cependant, le premier point de Shlomo Sand est invalidé par la science :

 

(Vulgarum : « Les Juifs ashkénazes sont ces Juifs d’Europe de l’Est, ils sont 10 millions dans le monde, dont 2,8 millions en Israël selon l’Université Hébraïque de Jérusalem, et 80% des juifs dans le monde ont un ancêtre ashkénaze… ça en fait du monde.

 

Et surtout ils sont tous cousins au 30ème degré (ou presque) !

 

Imaginez-vous donc qu’un groupe de personne remplissant un amphi de fac soit à l’origine de la population ashkénaze actuelle.

 

Oui, Cette poignée d’environ 300 personnes au Moyen-Age, ayant vécu il y a entre 600 et 800 ans, donc à partir du règne de Philippe-Auguste, sont à l’origine du Gefilte Fish, des Marx Brothers, de Gainsbourg, de Régine, d’Einstein et autres bagels… et même Popeck.

 

C’est un article de Karen Kaplan dans le LA times qui nous l’apprend au travers d’une étude de la revue Nature Communications.

 

C’est une équipe internationale qui a séquencé le génomes complets de 128 juifs ashkénazes qui a été comparé à un échantillon d’ADN de 26 Belges flamands, ce qui a permis de retracer les racines génétiques à cette population fondatrice de 300 personnes environ.

 

Première information, malgré des liens étroits et un long séjour en Europe, pas plus de la moitié de l’ ADN ashkénaze provient d’anciens Européens.

Seulement 46% à 50% de l’ADN de l’échantillon de 128 ashkénazes partage l’ADN avec le groupe référent flamand dont les lointains ancêtres sont venus du Moyen-Orient, il y a 20 000 ans pour former cette partie de la population européenne, à partir d’un groupe de 3500 à 3900 personnes.

Le reste du génome ashkenaze vient du Moyen-Orient, mais avec une origine bien plus récente que celle du groupe référent flamand.

 

C’est ainsi qu’il y a entre 25 et 32 générations, un groupe d’individus moyen orientaux a fusionné avec un groupe européen afin de donner naissance à cet embryon ashkénaze de 250 à 420 personnes. Ces personnes ont vécu il ya 25 à 32 générations, et leurs descendants ont augmenté à un taux de 16% à 53% par génération.

 

Cela demontre une fois de plus que la these popularisée en particulier par Shlomo Sand sur une origine Khazar des Ashkenazes est fausse.

 

Il est intéressant de noter que les auteurs de cette étude sont issus de deux douzaines de groupes de recherches établis à New-York, en Belgique et en Israël et que bon nombre des co-auteurs ne sont pas juifs, mais ils se sont intéressés à l’étude de ce groupe de population parce qu’il est génétiquement isolé (puisque les Juifs ont toujours eu tendance à se marier au sein du même groupe, leur patrimoine génétique est donc plus homogène). »)

 

Pour la source scientifique et les lecteurs anglophones :

 

http://www.nature.com/ncomms/2014/140909/ncomms5835/full/ncomms5835.html

 

Les points 1 er 2 de Shlomo Sand sont donc invalidés par la science, ce à quoi Shlomo Sand répond en gros par « Vous parler de race juive, vous êtes des nazis ». Lorsque la science démondre la connerie, il ne reste que l’insulte, l’invective, l’esquive, la fuite.

 

Mais revenons à mon propos, et à la définition du Larousse :

 

  • Communauté de gens unis par leur origine, leur mode de vie, leur langue ou leur culture : La dispersion du peuple juif.

 

Prenons les points un par un :

 

  • Communauté de gens unis par leur origine : toutes les recherches effectuées sur le sujet ont démontré que les Juifs Ashkénazes, Séfarades, Yéménites, Qaraïtes, etc. ont des liens biologiques.

 

  • Communauté de gens unis par leur mode de vie : l’ensemble des J/juifs du monde (Ashkénazes, Séfarades, Yéménites, Beta Israël, Sabras, etc.) partagent un mode de vie, de manière directe (respect des préceptes religieux stricts par exemple) ou indirectes (mode alimentaire, sociale, etc.).

 

  • Communauté de gens unis par leur langue : L’Hébreux, le Yiddish pour ne citer que ces deux langues.

 

  • Communauté de gens unis par leur culture : une culture plus de bi-millénaire transmise qui fait que des J/juifs de n’importe où se retrouvant ensembles auront les mêmes « réflexes » de vie.

 

Comme nous pouvous le voir, oui, les Juifs répondent à l’ensemble des définitions de terme « peuple ».

 

Je suis conscient que la notion de « peuple » est une invention humaine, mais elle est aujourd’hui une réalité sociale. Viendrait-il à l’esprit de nier la réalité de peuple des Peulhs, des Kabyles, des Arabes, des Karens, des Tibétains, des Palestiniens, des Mapuchs, des Pygmés, des Martiniquais, des Emérillons, etc. même si je suis bien conscient que cette notion de « peuple » est utilisée aussi bien par les réactionnaires que certains « progressistes » (ou qui se définissent comme tel) selon leur besoin idéologique de propagande et d’action.

 

Au même titre, si l’on reprend la définition ethno-sociologique des individus « peuple-nationalité-religion », nous sommes face à un vide. En effet, alors qu’une personne serait « peulh-sénégalaise-musulmans », « arabe-syrienne-musulmane », « kabyle-algérienne-chrétienne », « slave-russe-orthodoxe », « palestinien-XXX-athée », et bien pour les Juifs il n’existe pas. En effet, un Juif serait alors juste « rien-au choix-juif ». Ce qui siginifie fondamentalement, dans la pensée des antisémites, que le Juif n’existe pas, ou tout du moins, ne doit pas exister. Il n’est rien d’autre qu’un kippa et un chandelier. Il n’est pas membre de la communauté humaine, il est hors de l’Humanité. Et à partir de là un danger pour l’Humanité.

 

Je reprends ici les propos de Moïshe Postone, historien marxiste :

 

« L’antisémitisme est souvent appréhendé comme une simple variante du racisme. Or l’un et l’autre diffèrent de façon importante, même si tous deux ont en commun, en tant que formes de discours essentialistes, de comprendre les phénomènes socio-historiques comme innés – biologiques ou culturels. Alors que la plupart des formes de racisme attribuent une puissance sexuelle ou physique, concrète, à l’Autre qui est vu comme inférieur, l’antisémitisme ne traite pas le Juif comme inférieur mais comme dangereux, comme porteur du Mal. Il attribue une grande puissance aux Juifs, mais cette puissance n’est ni concrète, ni physique. Au contraire elle est abstraite, universelle, insaisissable et mondiale. Les Juifs, dans ce cadre, constituent une conspiration internationale, immensément puissante. L’antisémitisme moderne n’est pas une simple forme de préjugé à l’encontre d’un groupe minoritaire ; il se distingue par son caractère populiste, antihégémonique et antimondialiste. Il fournit un cadre pour expliquer un monde extrêmement complexe et historiquement dynamique, et revendique pour lui-même un pouvoir explicatif global. L’antisémitisme moderne est donc une vision du monde qui, s’appuyant sur les formes antérieures de l’antisémitisme, vise à expliquer le monde moderne capitaliste. Comme je l’ai dit ailleurs, cette vision du monde reconnaît faussement la domination globale, temporellement dynamique, abstraite du capital – qui soumet les hommes à la contrainte de forces historiques abstraites qu’ils ne peuvent pas saisir directement – en tant que domination de la « juiverie internationale ». Il réifie, en termes concrétistes, la domination abstraite du capital, à laquelle il oppose la particularité concrète comme ce qui est authentiquement humain. 

 

L’antisémitisme ne traite donc pas les Juifs en tant que membres d’un groupe racialement inférieur qui doit être maintenu à sa place (par la violence, s’il le faut), mais comme constituant une puissance mauvaise, destructrice. Dans cette vision du monde manichéenne, la lutte contre les Juifs est une lutte pour l’émancipation humaine. Libérer le monde implique de le libérer des Juifs. L’extermination (qu’on ne doit pas confondre avec l’assassinat de masse) est la conséquence logique de cette Weltanschauung. 

 

Parce que l’antisémitisme peut sembler antihégémonique et, partant, émancipateur, il peut aussi brouiller les différences entre les critiques réactionnaires et les critiques progressistes du capitalisme. Il constitue donc un danger pour la gauche. L’antisémitisme fusionne le profondément réactionnaire avec l’apparemment émancipateur en un amalgame explosif. »

 

Ha’Poël Hatzaïr. »

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