Et maintenant, les facho-gamers ?

Arrêt sur images, le 11/09/2014 par Robin Andraca

Jeux vidéo : prolongement inattendu d’une campagne misogyne

Les contours du #GamerGate, dont nous vous racontions les prémices fin août, se précisent petit à petit. Alors qu’une guerre ouverte a été déclarée, sur fond de misogynie, les « pro » et les « anti » Zoe Quinn, le site de jeu vidéo Merlanfrit dresse le portrait de ceux qui s’acharnent contre la développeuse. Et on les découvre très à droite, et pas toujours très fans de jeu vidéo.

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Le mouvement anti-Zoe Quinn s’est trouvé un nom : le #GamerGate. Sur quoi se base-t-il ? Né sur le forum 4chan et sur Twitter, le #Gamergate est un « coup de gueule » de certains joueurs contre ce qu’ils estiment être une forme de corruption dans la presse de jeux video. Mais plutôt que de dénoncer les accords discutables de grandes marques avec des journalistes, ils s’en prennent exclusivement à la développeuse indépendante Zoe Quinn, victime d’une tempête sexiste après la divulgation par son ex-conjoint, Eron Gjoni, d’informations concernant sa vie privée. Ce dernier lui reprochait notamment de l’avoir trompé plusieurs fois, notamment avec deux journalistes (nous vous en avions déjà parlé ici). Le milieu des joueurs est donc le nouveau théâtre d’un débat devenu traditionnel dans le milieu politique, opposant le peuple profond, dont les revendications seraient ignorées par une grande partie des médias, et une élite « progressiste », davantage soucieuse de représentation féminine dans le jeu vidéo.

ANTI-FÉMINISTES ET RACISTES ANONYMES

Au premier plan, un Youtuber plus connu sous le nom de l’ »Internet Aristocrat », qui ne parle pas seulement de jeu vidéo. Il s’exprime aussi beaucoup sur la politique européenne et estime d’ailleurs, dans cette vidéo publiée le 30 mai dernier, que l’UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, et le Front National sont « parfaitement fréquentables« .

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Jordan Owen et David Aurini sont deux autres figures connues du mouvement : le 23 août, ils ont même lancé une campagne sur Internet pour financer un documentaire intitulé “The Sarkeesian Effect”, du nom de cette universitaire américaine spécialiste de la représentation des femmes dans le jeu vidéo et seconde cible des cyber-misogynes en tant que symbole, selon eux, de tous les vices qui polluent actuellement la culture et la presse vidéoludique.

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Sur Youtube, Aurini est aussi très bavard et ne cache rien de ses opinions politiques : dans cette vidéo datant de 2012, que Lefebvre a retrouvée, Aurini se demande par exemple si “le réalisme racial est du racisme” et si « les blancs devraient avoir honte de leur supériorité« . Autre aspect intéressant dévoilé par Merlanfrit : les deux représentants des gamers ne… semblent pas jusqu’à présent s’être beaucoup intéressés au jeu vidéo.

« LES CONSERVATEURS ET LES INDIGNÉS DU #GAMERGATE ONT DES INTÉRÊTS COMMUNS »

Ed Morrisey, blogueur et présentateur sur le site conservateur américain Hot Air, non plus. Cela ne l’a pas empêché de consacrer une émission au « GamerGate », diffusée sur Internet et vue par plus de 20 000 personnes, à laquelle participaient l’Internet Aristocrat et l’acteur Adam Baldwin, lequel n’avait pas hésité en février 2014 à comparer le mariage homosexuel à une relation incestueuse. Dans une note de blog, publiée ensuite sur HotAir, Morissey reconnaît que le jeu vidéo n’est pas son domaine de prédilection, mais qu’il sympathise avec les joueurs. Il ajoute d’ailleurs, à la fin de son papier « que les conservateurs et les indignés du #Gamergate ont des intérêts communs« .

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Un front secondaire de la guerre s’est d’ailleurs ouvert sur Wikipedia . LeMonde.fr note aujourd’hui que les identités de deux anti-Quinn, participants actifs de Wikipedia, ont été dévoilées par un site de surveillance critique de l’encyclopédie collaborative, Wikipediocracy. Qu’est ce qui leur était reproché exactement ? D’avoir activement milité pour que soit inclus sur la page de Zoe Quinn un paragraphe sur les accusations de « mauvaise conduite personnelle et professionnelle« .

Et tous les coups sont permis : Wikipediocracy ne s’est pas contentée de révéler l’identité (pseudos utilisés et photo personnelle pour l’un ; nom, prénom, âge et adresse pour l’autre) des deux internautes. La transexualité supposée du premier, le plus jeune, a aussi été mise en ligne. Ce qui a provoqué la colère du plus âgé des deux « conservateurs » dans les commentaires de l’article de Wikipediocracy : « Je m’en fiche pour moi mais divulger des photographies d’un mineur – et apparemment un mineur transgenre – est complètement indécent […] non seulement ils sont mineurs, mais en tant que trans, ils font partie de la population en danger« . La guerre se complexifie.

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