Les néonazis gagnent du terrain en Espagne

Médiapart, 22/12/13
Par la rédaction d’Infolibre er Antonio Salas

Une nouvelle génération a débarqué dans le paysage de l’extrême droite espagnole, gagnant même des sièges aux dernières municipales. Le foot est leur meilleure plateforme de propagande pour brandir drapeaux et pancartes sous l’œil des caméras. Enquête d’un journaliste infiltré dans le milieu skinhead.

Barcelone, 2012. Le club de motards Pawnees MC, l’un des plus emblématiques en Espagne avec les Hells Angels, organise une de ses fêtes d’anniversaire. Des membres de tous les « chapitres » (délégations) du pays sont là : Majorque, Terrassa, Malaga, Gérone, Madrid… Parmi eux, on remarque Juan Molina, qui allait devenir très connu cette année-là en participant à l’émission de téléréalité Gran Hermano (Loft Story). S’il était connu du grand public comme le « curé motard », il était connu sous son nom de biker ThorBCN dans le milieu dans lequel je m’étais infiltré deux ans auparavant pour écrire mon livre Operación Princesa.

Lorsqu’on rentre dans un club de deux-roues, on adopte un pseudo qui sera brodé sur le blouson de cuir. L’adepte jure de défendre, même avec violence, les symboles sacrés de cet univers marginal et le patch 3 pièces, emblème de chaque club de motards. Juan Molina a choisi le nom ThorBCN quand il a postulé comme prospect (aspirant) à Pawnees MC. Deux ans plus tôt, quand il dirigeait le club Excalibur, il signait Thor88 un article dans NuevOrden, le seul site néonazi espagnol existant depuis 1997. Aujourd’hui, il y en a plus de 1 500. Le numéro 88 symbolise la huitième lettre de l’alphabet, le H, deux fois, sigle du salut nazi Heil Hitler !

Site web de Pawnees MC.
Site web de Pawnees MC.

Les murs du Club House (siège social) de Pawnees MC, à Viladecans (près de Barcelone), sont couverts de photos, métopes, tableaux et autre attirail de motard, comme dans presque tous les clubs à la limite (de la légalité). Je reconnais beaucoup de symboles, qui passeraient inaperçus pour le profane mais que toute personne familiarisée avec la symbolique néonazie reconnaît, comme le marteau de Thor ou Mjöllnir, la Totenkopf ou tête de mort des SS, les runes germaniques, l’aigle du IIIe Reich… Ils ont été adaptés à l’esthétique motarde, les croix gammées ont été remplacées par le blason du MC, le numéro 17 (symbole de la dix-septième lettre de l’alphabet, le P de Pawnee), mais ils sont bien là.

Je me dis que c’est peut-être une coïncidence. Que beaucoup de motards des Pawnees, qui aiment vraiment la moto et n’ont aucun engagement idéologique, ne connaissent même pas l’origine néonazie de ces symboles qu’ils arborent sur leur blouson et se font tatouer sur la peau. Mais voilà qu’arrive le chapitre de Terrassa (Catalogne) presque au grand complet. Je reconnais son président, Fabián Pello. Il s’est laissé pousser les cheveux, mais il porte toujours le bouc et les mêmes tatouages néonazis qu’il y a quelques années, quand j’ai fait une déclaration, comme témoin protégé par le parquet, contre lui et d’autres membres d’Hammerskin, au cours du premier gros procès contre un groupe néonazi en Espagne. Heureusement, lui ne me reconnaît pas…

Ce n’est pas le seul ex-skinhead que j’ai rencontré dans le Pawnees et dans d’autres clubs de motos espagnols au cours de mes recherches pour Operación Princesa. C’est une évolution naturelle. La structure paramilitaire, le sentiment de fraternité et l’adrénaline qui caractérisent le monde des motoclubs à la marge collent parfaitement à la psychologie skin. Les MC 1 %, les plus radicaux, ne posent pas de questions sur le passé d’un nouvel adepte. C’est pour ça qu’on peut croiser des anciens trafiquants, des assassins et des néonazis. Néanmoins, quand on rentre dans un club, l’idéologie politique et les croyances passent au second plan. Ce qui compte, ce sont les couleurs et les symboles que tu porteras sur ton blouson. Et on voit même, par exemple chez les Pawnees et les Hells Angels, d’ex-skinheads comme Fabián, Paquillo ou Jaro obligés de fraterniser avec des Noirs, des Sud-Américains ou des Asiatiques qui partagent leurs couleurs.

Les nouvelles générations

Ils sont partout. Le chômage et la crise, dont ils accusent les immigrés d’être les responsables, n’ont fait qu’accroître leur présence. Dix ans après avoir publié Diario de un skin (Journal d’un skin), j’ai de nouveau rencontré des membres du mouvement néonazi dans toutes mes enquêtes. Avant de rentrer dans le monde des motards, durant les six années que j’ai passé, sous l’identité de Muhammad Andallah, infiltré dans le terrorisme international, j’ai aussi croisé de vieux camarades néonazis convertis à l’islam murabitun et soutenant les Palestiniens contre l’ennemi commun : les juifs. Et encore avant, pendant mon année passée dans le trafic de femmes, j’ai retrouvé des dirigeants du mouvement d’extrême droite, celui qui hait les immigrés noirs, « sudacas » (d’Amérique du Sud) ou « maures », comme José Luis Roberto, à la tête de la fédération des bordels et maisons de passe, qui tire profit des prostituées en Espagne. 94 % de ces femmes sont des immigrées de couleur, sud-américaines ou maghrébines, celles qu’ils disent détester dans leurs discours politiques hypocrites.

Le cas d’Aube dorée en Grèce aurait dû déclencher toutes les alarmes. Mais les gouvernants souffrent de surdité. C’est ce que regrette Esteban Ibarra, président duMouvement contre l’intolérance et victime d’un harcèlement cruel et permanent de la part du mouvement néonazi depuis plus de quinze ans.

« La situation est bien pire qu’il y a dix ans. Les néonazis obtiennent des conseillers dans plusieurs municipalités, ils ouvrent des commerces dans toute l’Espagne, ils reçoivent de l’argent de l’extérieur… », souligne Ibarra, qui vit les nerfs en pelote en raison des menaces de mort permanentes contre lui et sa famille. Récemment, il a réussi à faire retirer de Facebook un groupe appelé « Moi aussi je crois qu’Esteban Ibarra doit mourir ».

Selon lui, une nouvelle génération a débarqué dans le paysage de l’extrême droite espagnole. Plus radicaux, plus formés, avec de meilleurs contacts et plus de moyens de diffusion que jamais. Motivés et disposés à diffuser leur message, héritiers de la haine de leurs aînés.

Comme le président du Mouvement contre l’intolérance, l’auteur de ces lignes reçoit constamment des insultes et des menaces de mort. Un harcèlement qui s’est accentué voilà deux ans, quand les réseaux sociaux ont commencé à interconnecter les groupes néonazis espagnols et ceux des autres pays. Aujourd’hui, une vague de jeunes, qui n’avaient pas plus de six ans quand Diario de un skin a été publié, reprennent le flambeau de haine de leurs prédécesseurs et nous font savoir que la peine de mort nous menace toujours. Dans mon cas, pour être journaliste. Dans celui d’Ibarra, qu’ils qualifient d’« exterminateur de Blancs », pour sa lutte contre le racisme et son soutien aux immigrés.

La trame néonazie

« Il y a un discours politique clair visant à obtenir des postes de pouvoir, mais sans chef affirmé. Ils prétendent se présenter en coalition aux élections européennes, mais, à notre avis, ils n’obtiendront pas de bons résultats. Ils essaient de rendre leur discours attirant dans une société désenchantée, mais la société sait que derrière ce discours se cache une garde prétorienne qui pense que la violence est la solution. » C’est ce qu’affirme David Docal, président du centre d’études et d’initiatives sur la discrimination et la violence (CEIDIV) et l’un des meilleurs connaisseurs du phénomène ultra en Espagne.

Dans leur livre Grupos de odio y violencias sociales, David Docal et Alberto Flórez López, également l’un des meilleurs experts du pays et secrétaire du CEIDIV, publient un rapport effrayant sur la symbolique nazie, son origine historique et son utilisation à des fins de propagande dans l’Espagne du XXIe siècle. Des symboles, des emblèmes, des drapeaux et des anagrammes, qui passent inaperçus pour la majorité, mais qui marquent les rues, les stades et les locaux commerciaux que les ultras considèrent comme leur domaine. Runes, croix celtiques, triskèles, haches de Thor… Ils sont dans les manifestations et sur les terrains de foot, sous forme d’autocollants, de graffitis ou de drapeaux. Impunément grâce à notre ignorance sur l’origine de ces symboles. Docal et Flórez les ont vus dans les endroits les plus insoupçonnés de notre société. Marquant le territoire. Qui vont des rues aux stades, en passant par beaucoup de conseils municipaux. Ce sont les mêmes skinheads que ceux que j’ai connus il y a dix ans. Mais aujourd’hui, ils ont plus de pouvoir.

« La violence obéit à un cercle qui s’auto-alimente, affirme Docal. Les mêmes personnes vont à un concert de musique RAC (rock anti-communiste), organisent des manifestations pour cette idéologie, s’entraînent dans des gymnases déterminés, apprenant des techniques de lutte avec la culture physique, et vont chaque week-end dans les gradins des stades avec l’excuse d’encourager leurs équipes de foot, le tout rétro-alimenté sur internet. Les groupes ultras sont des acteurs dans ce système, qu’ils soient de la gauche radicale ou néonazie. »

Cela se passait déjà en 2003. Étonné, je reconnaissais les mêmes Ultras Sur avec lesquels je soutenais le Real Madrid dans les gradins du stade Bernabeu, dans les concerts racistes d’Hammerskin ou dans les manifestations politiques de Democracia Nacional (Démocratie nationale), España 2000, Alianza Nacional (Alliance nationale) et autres. Les mêmes chiens avec un autre collier.

Site d'Ultras Sur.Site d’Ultras Sur.

Le football est la meilleure plateforme de propagande et ils le savent très bien. C’est pour ça que les ultras, à une extrême ou à une autre, continuent de politiser les gradins en brandissant drapeaux et pancartes, dont le message sera retransmis par les caméras de télé ou les photographes des journaux sportifs qui couvrent les matchs. En plus, des joueurs de première division, admirés par des millions de supporters dans le monde entier, acceptent volontiers d’être photographiés avec les extrémistes les plus violents, ou leurs produits commerciaux, comme ils le faisaient en 2003. Mais aujourd’hui, plus audacieux, ils se servent même d’un lieu aussi patriotique que les arènes de corrida. L’énorme slogan « Adolphe Hitler avait raison » aux fêtes de Pinto, en août dernier, sans que la municipalité ne réagisse pour l’effacer, en est un exemple graphique. Récemment, dans les gradins du stade Bernabeu de Madrid, les Ultras Sur ont pavoisé avec des bannières portant les initiales HTR, pour « Hitler Tenía Razón » (« Hitler avait raison »).

La situation est si préoccupante qu’après plusieurs années de désintérêt pour le problème ultra, les services de renseignement du CNI se sont joints en 2013 aux équipes de la Garde civile et de la police pour enquêter sur l’augmentation du nombre de groupes néonazis en Espagne.

Le football, vivier d’extrémistes

Il y a quelques semaines, dans la rue Marceliano Santamaría, à côté du Bernabeu, que j’avais parcourue attifé comme un skinhead NS voilà dix ans, quelque chose d’insolite s’est produit. C’est un lieu de rencontre des ultras du Real Madrid depuis des décennies. Et pendant des générations, José Luis Ochaita et Alvaro Cadenas, protagonistes de monJournal d’un skin, ont mené les ultras-violents et contrôlé les bénéfices substantiels générés par la vente d’entrées que leur procuraient le club, les produits dumerchandising, les cotisations des membres… Beaucoup d’argent. Mais au cours d’un match récent, un groupe de jeunes d’Ultras Sur, menés par Alberto Ayala, se sont violemment affrontés à Cadenas et ses acolytes. Un communiqué officiel d’Ultras Sur, diffusé quelques jours plus tard, reprochait à Cadenas de ne pas partager avec le groupe d’Ayala les comptes de la rencontre. Cette bataille féroce a provoqué une rupture à la direction d’Ultras Sur, ce qui arrive aussi dans d’autres groupes ultras. Finalement, l’argent est au-dessus des idées.

Alberto Ayala, autre vieux « camarade » que j’ai connu quand j’étais infiltré, a beaucoup d’inconditionnels dans le club. Il a su canaliser le besoin de chef des néonazis à travers le sport et la politique. Depuis qu’il est inscrit sur les listes électorales de Nación y Revolución, il est passé par plusieurs partis extrémistes, comme le Movimiento Social Republicano (Mouvement social républicain). Ils ne renoncent pas à la violence. Ayala a été arrêté de nombreuses fois pour attentat, blessures, délits contre les personnes…, mais ils savent que s’ils veulent suivre l’exemple d’Aube dorée, ils doivent modérer leur discours politique. Gagner le pouvoir en utilisant les règles d’une démocratie qu’ils détestent.

La bagarre entre Ayala et Cadenas pour les comptes d’Ultras Sur montre que quelque chose est en train de changer. Ils savent que le gâteau est gros et ils veulent tous en contrôler la répartition. L’attaque contre la librairie Blanquerna de Madrid, le slogan peint sans problèmes dans les arènes de Pinto ou les 350 skinheads identifiés il y a quelques semaines au dernier concert de musique Oi sont de nouveaux signaux d’alarme. Mais personne ne semble y prêter attention.

Au cours de la dernière manifestation organisée par España 2000 à Valencia, à l’occasion de la fête nationale, son président José Luis Roberto, l’un des protagonistes de mon livre El año que trafiqué con mujeres, l’a promis : « Nous créerons un nouvel Aube dorée. » Democracia Nacional est encore plus clair en affirmant que le modèle grec est celui qui doit être suivi. Sur son site internet, on peut voir une photo de son président, Manuel Canduela, posant en souriant avec le président d’Aube dorée, Nikos Michaloliakos. Manuel Canduela est le seul nom propre d’un extrémiste espagnol qu’Anders Breivik, le terroriste qui a assassiné 77 personnes à Oslo en 2011, inclut dans son délirant manifeste de haine 2083, Une déclaration européenne d’indépendance.

Le nouveau mouvement LEM (La España en Marcha, l’Espagne en marche), responsable de l’attaque contre la librairie Blanquerna et qui regroupe des organisations d’extrême droite comme la Phalange, Nudo Patriótico Español, Alianza Nacional, Movimiento Católico España-Acción Juvenil Española et Democracia Nacional, ne cache pas non plus sa relation avec Aube dorée. Le drapeau préconstitutionnel espagnol, découvert au domicile d’un des députés grecs arrêtés en octobre après l’assassinat du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, est probablement le cadeau de l’un d’eux. Un autre signe ignoré des législateurs.

Un avenir incertain

Pendant que les hommes politiques espagnols, à l’instar de leurs homologues grecs, continuent à regarder ailleurs, les analystes, comme Ibarra, Docal ou Flórez, ne cessent de nous avertir du risque imminent. Les cinq conseillers qu’España 2000 a obtenusaux dernières élections municipales, sans parler d’autres conseillers extrémistes, montrent que leur avertissement n’est pas à prendre à la légère.

Les seuls qui semblent prendre au sérieux le renforcement du mouvement extrémiste en Espagne sont les responsables des services de renseignement, qui assistent en première ligne au retour de la violence nazie. Et ceux qui les connaissent probablement le mieux sont les membres du groupe de renseignement de la Garde civile de Madrid. Que ce soit au cours de l’opération Puñal (2003) ou de l’opération Espada (2004), ils ont obtenu le démantèlement et de lourdes peines contre les deux principales organisations néonazies du pays, Hammerskin et Blood & Honour, aujourd’hui interdites.

En 2009, l’Audience provinciale de Madrid a confirmé la sentence contre Hammerskin-Espagne en la déclarant illégale et en condamnant quelques-uns de ses dirigeants à des peines de prison de un an et demi à deux ans et demi. Cette condamnation d’un groupe néonazi pour délit d’association interdite a été une première en Europe. En 2010, l’Audience provinciale de Madrid a ordonné la dissolution de la délégation espagnole du groupe Blood & Honour pour association illégale et port d’armes, condamnant quinze de ses membres à des peines de prison. Depuis cette date, les enquêtes sur le mouvement d’extrême droite dans la Communauté de Madrid ont été constantes et ont abouti au démantèlement de plusieurs groupes néonazis et à l’arrestation de plusieurs personnes pour délit de haine et/ou de discrimination.

Pour les services de renseignement, il y a bien réapparition des idéologies néonazies au niveau européen. En Espagne, le contrôle et la pression sur ces groupes ont été nettement renforcés, surtout depuis 2005. Mais même quand ces organisations sont interdites, elles essaient de se réorganiser sous d’autres noms et continuent à diffuser leur doctrine sur internet et par des activités d’apparence légale.

En ce sens, le rapport Raxen, qu’édite le Mouvement contre l’intolérance, en compilant toutes les agressions et assassinats racistes chaque année en Espagne, est préoccupant. La violence ne faiblit pas et le pire est que les agresseurs tirent des leçons de leurs erreurs. Les « chasses » aux gauchistes, homosexuels ou immigrés laissent maintenant la place à de brutales agressions contre des indigents, des mendiants et des SDF qui« salissent les rues de la Patrie ». Esteban Ibarra soupçonne des néonazis d’être coupables de plusieurs assassinats d’indigents, brûlés vifs avec des bidons d’essence.« Ils savent que beaucoup de ces victimes n’ont pas d’amis ni de famille pour faire pression sur les enquêteurs, explique Ibarra. Nous avons remarqué que ce type de crimes s’est multiplié en Espagne en même temps que la présence néonazie. »

Guerre dans les rues

À l’autre extrême du paysage politique, les ultras de la gauche la plus radicale ne sont pas prêts à laisser les néonazis obtenir un succès comme Hitler. Même pas dans les urnes.

Même si les médias ont l’habitude d’éviter ce genre de nouvelles, il faut reconnaître que les extrémistes de droite reçoivent fréquemment de petites doses de leurs propres remèdes. Des groupes antifascistes, liés à des organisations politiques d’extrême gauche, pratiquent la « chasse au nazi » avec la même violence que leurs ennemis. J’ai moi-même failli être tabassé, quand j’ai vécu infiltré comme skinhead NS, par un groupe de radicaux antifascistes. J’ai aussi connu des camarades néonazis qui n’y ont pas échappé.

Les sièges de partis d’extrême droite comme España 2000 ou Democracia Nacional ont subi plusieurs attaques et attentats perpétrés par ces organisations antisystème, fatiguées de la passivité du gouvernement face à ce qu’elles considèrent être une réelle menace. Pour autant, et jusqu’à présent, la violence n’a pas atteint le niveau de la Grèce.

Le 16 novembre, le site Zougla.gr a reçu un document de 18 pages, que la police juge authentique, dans lequel un groupe antifasciste qui se fait appeler Forces révolutionnaires du peuple en lutte s’attribuait l’assassinat, deux semaines auparavant, de deux membres d’Aube dorée, en représailles à celui de Fyssas Pavlos. Nouveau signal d’alarme. Quand les extrêmes se radicalisent dans la violence, nous sommes tous perdants.

Les 366 morts de l’île italienne de Lampedusa, touchés par la loi Bossi-Fini que Silvio Berlusconi a fait voter grâce au soutien de l’extrême droite italienne ; l’expulsion de Roms dans la France de François Hollande ; la nouvelle loi « antigays » dans la Russie de Vladimir Poutine, où les nazis expriment leur haine presque impunément ; la chasse aux tziganes dans la Hongrie de Viktor Orban, où le parti nazi Jobbik a obtenu 17 % des voix aux dernières élections… Ce sont des symptômes évidents du cancer de haine qui s’étend dans toute l’Europe en toute impunité. Nous pouvons chercher un antidote ou rester les bras croisés, jusqu’à ce que le crépuscule obscur ne nous fasse plonger dans les ténèbres.

Antonio Salas, pour tintaLibre n°9, décembre 2013

Version française : Laurence Rizet, Mediapart

Leer el artículo en español : España 2013 : el resurgir del movimiento neonazi

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