L’English defence league en croisade contre l’« islam radical »

Radioscopie de RésistanceS.be sur l’extrême droite anglaise qui monte.
Le combat contre l’« islamisation » de nos pays européens est en vogue. A l’extrême droite, mais également ailleurs. Ce qui permet de nouvelles alliances politiques. En Grande-Bretagne, une organisation est de plus en plus populaire chez les activistes de la droite nationaliste. Elle est devenue un modèle pour ses cousins européens, y compris belges. Voici le portrait fait par RésistanceS.be de l’EDL (English defence league).

PAR SIMON HARYS

 



L’EDL organise régulièrement des manifestations de rue imposantes. Elles rassemblent  essentiellement des « hommes blancs », entre 20 et 40 ans, supporters ultras de football et soldats de la Royal Army © Photo : Gavin Lyinn

 
En mars 2009, des troupes militaires britanniques de retour d’Afghanistan défilent dans les rues de Londres. Le public y est présent pour manifester son soutien à l’intervention du royaume dans ce lointain pays d’Asie, et y mener, avec plusieurs pays sous la conduite des Etats-Unis, la « guerre au terrorisme » islamique.

A l’occasion de ce défilé militaire, des activistes salafistes ont décidé de contre-manifester. Leur action de protestation va choquer une partie de l’opinion publique anglaise. Cet événement est l’acte de création de l’English defence league (EDL).
Liée à l’extrême droite
Le dirigeant-fondateur de cette ligue, Tommy Robinson, est l’un de ses atouts majeurs : il est jeune (il a 29 ans), charismatique et est devenu, très vite, une véritable « bête médiatique » à succès dans le milieu nationaliste.

L’objectif unique de l’EDL est de lutter contre ladite «islamisation de la société» et les mouvements musulmans radicaux. Pour cela, elle organise des manifestations et des actions coups de poing dans la plupart des moyennes et grandes villes anglaises. Manifestations qui se terminent le plus souvent par des violences de rue et de nombreuses arrestations. Les défilés de l’EDL se déroulent en règle générale en marge de match de football. L’extrême droite anglaise a toujours recruté ses troupes dans les tribunes de stades de foot Résultat : les « liguards » proviennent pour la plupart des rangs des supporters ultras (hooligans) chez qui les valeurs nationales vibrent rapidement. Dans ce microcosme, l’islamophobie et le racisme se cultivent au quotidien. Du coup, les manifestations anti-Islam d’après-match de l’EDL font le plein de participants. Souvent, voire systématiquement, ces derniers sont liés à l’extrême droite. Comme les responsables de la ligue de défense anglaise.

Très vite, des liens se sont tissés effectivement entre celle-ci et le British national party (BNP), la plus importante formation d’ultradroite, dont Nick Griffin, son leader, a été élu député européen Cependant, voyant l’EDL comme un concurrent potentiel non contrôlable, la direction du BNP va ordonner à ses affiliés l’interdiction de la rejoindre. Des liens existeront aussi avec le British freedom party (BFP), un autre parti d’extrême droite, dont Tommy Robinson fut, certes pour une courte période, le vice-président.

Juifs et homos avec l’EDL
Pour mener son combat contre l’islam radical, la ligue de défense anglaise propose une stratégie de « front large ». Pour y parvenir, la collaboration avec toutes les forces politiques et groupes de citoyens s’opposant à l’islamisation, y compris avec la droite conservatrice juive sioniste, des groupes laïques et des associations homosexuelles, est préconisée. Des drapeaux arc-en-ciel et israéliens vont ainsi apparaitre durant les manifestations de l’EDL. Il va même se constituer en son sein, une « division juive » et une « division LGBT » (Lesbiennes, gays, bisexuels et trans).

Ce front large est inhabituel à l’extrême droite. L’alliance avec le « sionisme » dénote complètement avec la tradition antisémite à la base du développement historique de l’extrême droite. Alors pourquoi l’EDL a t’elle adopté cette stratégie ?

Dans un premier temps, son but est d’éviter toute diabolisation, en repoussant tous liens avec l’extrême droite, les disciples du nazisme, l’antisémitisme, la violence politique… Dans un second temps, la ligue de défense anglaise vise à « ratisser large » pour combattre plus efficacement son ennemi unique.

Le « péril islamique » hante de manière tous azimuts, comme jadis le « péril juif », sous la forme du « judéo-bolchévisme », hantait l’Occident chrétien. Jadis, pour combattre la menace communiste, des alliances extensibles non-conformistes s’étaient établies, de la droite national-catholique contre-révolutionnaire à des fractions de la social-démocratie ayant rompu avec l’idéologie marxiste.

 

PAROLE MILITANTE
 
« Nous aimons notre pays et voulons le défendre contre les monstruosités islamistes, nous sommes prêts à nous battre pour ça ! Mais attention, hein, nous ne sommes pas des racistes. Nous ne détestons pas tous les musulmans, simplement les extrémistes. Les autres sont nos amis ! »Steve, militant de l’EDL, cité par le journal Les Inrocks, juin 2010.

 

Tommy Robinson lors de l’une de ses arrestations. Ces dernières, fortement médiatisées, le popularisent encore plus chez les partisans de la lutte contre l’islam radical – Photo : DR

L’EDL et les néonazis
En France et en Belgique, l’un des théoriciens d’extrême droite de la stratégie d’une alliance large contre l’islamisme est le français Guillaume Faye. Cet ancien dirigeant du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE) a préconisé un rapprochement des nationalistes européens avec la droite sioniste juive pour s’opposer à la montée de l’islamisme. Il a consacré un ouvrage entier, au titre provocateur (« La nouvelle question juive »), à ce positionnement hors normes dans la galaxie de la droite radicale. Pour cela, Guillaume Faye fera l’objet de vives critiques de la part de la plupart de ses « amis politiques ». Certains le banniront même  .

A l’instar de l’idéologue français, le tournant stratégique de l’EDL, lui a valu des griefs et même de réelles menaces provenant de son propre camp politique. Pour les néonazis de Blood and Honour (B&H) et de la Racial volunteer force (RVF), la ligue de défense anglaise est purement et simplement devenue une organisation « sioniste » ! A combattre et à abattre le plus rapidement possible. Ces menaces n’empêcheront pas l’EDL de poursuivre son développement.

Préconisant l’action directe dans la rue, la ligue de défense n’a pas de vocation électorale et agit de manière autonome et spontanée, comme le faisaient, en Mai 68, les « mouvements mao-spontex ». Elle est organisée en « divisions » locales. En été 2010, il y en avait plus de cent, implantées dans les moyennes et grandes villes du pays, du sud au nord de l’Angleterre. Outre des supporters ultras de football, les liguards recrutent encore massivement des soldats de la Royal Army. Cependant, en 2011, la montée en puissance de l’EDL a connu un reflux. De nombreux activistes l’ont quitté. Ce n’est que récemment, suite à l’assassinat atroce et ultra médiatisé d’un jeune militaire anglais, dans le sud de Londres, par deux extrémistes islamistes, que l’EDL s’est relancée.
Breivik et divisions étrangères
Grâce aux succès de ses manifestations sur le sol anglais, la ligue de défense va rapidement être prise en exemple à l’étranger. En France, l’EDL a reçu le soutien officiel du Bloc identitaire (BI), un des principaux mouvements politiques d’extrême droite agissant en marge du Front national de Marine Le Pen

Comme l’EDL, le Bloc identitaire propose régulièrement des opérations anti-Islam dans le cadre de sa propagande pour se développer et s’accaparer le leadership de la « résistance contre l’islamisme ». L’English defence league a aussi des contacts avec le Réseau Identités. Mise en place récemment dans le sud de la France par des dissidents du BI, cette structure existe également, depuis quelques mois, en Belgique sous le nom de « Réseau Identités wallon ». Ce dernier rassemble une petite poignée d’« identitaires » auteurs d’actions coups de poing de « solidarité avec Esteban », l’assassin de l’antifasciste français Clément Méric, et contre RTL-TVI, jugée comme pro-islamique !

Anders Behrind Breivik, l’auteur en juillet 2011 de l’attentat contre le gouvernement norvégien et le massacre de masse visant les jeunes militants du parti travailliste (77 morts au total , bien avant de passer à l’acte avait eu des liens directs avec l’English defence league. Le terroriste norvégien avait notamment participé en Grande-Bretagne à des manifestations de l’EDL. Avec celle-ci, le norvégien partageait une identique vision phobique de la situation actuelle de l’Europe. Son manifeste de revendication de ses attentats s’inspirait, en grande partie, des mêmes références idéologiques que celles à la base fondatrice de la ligue de défense.

Outre des influences multiples exercées ailleurs en Europe, l’EDL suscitera même la création de ligues du même type. Des succursales ont ainsi été ouvertes dans plusieurs pays européens : en Suède, au Danemark, en Allemagne, en Pologne, au Luxembourg… et en Belgique

Militants de l’EDL allemande lors d’une action contre l’islam radical – Photo : DR


L’islamisme renforce l’EDL (et vice versa)
L’apparition de l’English defence league peut-être considérée comme un nouveau phénomène à l’extrême droite. Par sa thématique combattive et fédératrice, son mode de fonctionnement et d’action, elle est devenue l’organisation d’extrême droite la plus populaire chez les nationalistes anglais. De plus, elle arrive petit à petit à briser, en partie, le cordon sanitaire qui isole, quasi partout, la droite extrême. A l’observation de l’actualité, le renforcement de l’EDL ne pourra que se confirmer.

A chaque nouvelle action terroriste ou provocation islamiste, les ripostes anti-Islam sont relancées. Au bénéfice tout entier de l’EDL qui occupe ce terrain de combat politique. Le développement de cette organisation nationaliste identitaire, qui renforce par effet réactif les mouvements salafistes « domestiques » (implantés en Grande-Bretagne), reste donc continuellement d’actualité. L’islamophobie sera dès lors, pour bien longtemps encore, son fonds de commerce à succès.

Simon HARYS

© RésistanceS.be – web-journal de l’Observatoire belge de l’extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – 6 septembre 2013.

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