De parfaits coupables, chronique d’une erreur judiciaire

Après avoir passé douze ans en prison pour un meurtre qu'il n'avait pas commis, Abdelkader Azzimani attend toujours la révision de son jugement

En juillet 2007, un journaliste du “Point” reçoit une lettre en provenance de la prison de Perpignan. Ses signataires sont deux dealers de cannabis condamnés à vingt ans de prison pour homicide volontaire, qui ont toujours clamé leur innocence. Jean-Michel Décugis va mener sa propre enquête. Dix ans auparavant, un cadavre a été découvert dans un fossé, lardé de 108 coups de couteau. Une voiture ensanglantée est retrouvée plus tard sur un parking, celle de la victime.

Azouz Jhilal travaillait sur les marchés. Un garçon bosseur, mais un peu combinard. L’enquête s’oriente vers un règlement de comptes car Lunel, sous ses allures de petite ville tranquille, est une plaque tournante pour le cannabis espagnol. Un numéro de téléphone griffonné mène à deux jeunes Marocains : Abdelkader Azzimani et Brahim El Jabri. Tout semble les accuser : ce sont des trafiquants de drogue et ils connaissent la victime. Le soir du crime, ils ont bipé Azouz Jhilal pour lui confirmer une livraison de cannabis. Un Camarguais un peu marginal a été témoin d’une altercation sur la route le long de laquelle a été découvert le corps.

Les gendarmes ont un faisceau d’indices mais aucune preuve matérielle. Néanmoins, l’avocat général requiert vingt ans de réclusion et il est suivi par les jurés. En 2004, la peine est confirmée en appel, mais cette fois pour complicité. Les suppliques adressées au président de la République (Jacques Chirac) et au garde des Sceaux (Dominique Perben) restent sans réponse. Tout le monde les croit coupables.

Jusqu’à ce qu’un codétenu se vante d’être l’assassin de Jhilal et que le bruit d’une erreur judiciaire se répande. En 2007, l’avocat général demande au parquet l’ouverture d’une nouvelle enquête. Les traces d’ADN sont enfin analysées. Le sang relevé sur le bouton de portière de la Renault est celui de Michel Boulma, un jeune manutentionnaire, présent le soir du crime. Celui-ci implique Bouziane Helaili, hier trafiquant de cannabis, aujourd’hui directeur du centre de loisirs municipal. Après avoir passé respectivement douze et quatorze ans en prison, Abdelkader Azzimani et Brahim El Jabri ont été remis en liberté conditionnelle. Ils attendent toujours la révision du jugement qui les a condamnés en 2003.

Eric de Saint Angel

(Nouvel Obs)

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