Les oubliés pénitentiaires

(Emission radio)

 

Prison © DaR – 2012

Ce sont des détenus condamnés à la perpétuité, qui sont parfois en prison depuis 40 ans, pas pour des raisons de sûreté, mais parce qu'on ne sait plus quoi faire d'eux. 

Ces détenus à de très longues peines sont de plus en plus nombreux.

 

La surpopulation carcérale en France bat des records avec plus de 66 000 détenus pour 57 000 places. Parmi eux, environ 500 condamnés à perpétuité, soit trois fois plus qu'il y a 30 ans.

 

Quelques-uns battent les records de longévité en prison, comme Casanova Agmamemnon, 43 ans de détention ; Serge le Bon, 40 ans, ou encore Jean-Luc Rivière, 34 ans de prison. Ces trois hommes sont défendus par un même avocat, Etienne Noël.

Pourquoi sont ils toujours détenus ? Ce n'est pas une question de dangerosité, on les a juste oubliés.

 

Etienne Noël : « Ce sont des personnes qui, à l’exception d’une d’entre elles, sont totalement isolées. Il faut s’imaginer que mon client qui est détenu depuis 1972 n’a eu aucun parloir depuis son incarcération. Pour deux d’entre eux, c’est la première fois que l’on fera une demande d’aménagement de peine. C’est extrêmement surprenant, mais c’est lié au fait qu’ils sont complètement isolés, au fait qu’ils ne sont pas conseillés, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’avocat qui intervienne en détention ou alors, nous sommes extrêmement rares à le faire. J’en ai un autre exemple en tête qui lui, a fait un nombre impressionnant de libérations conditionnelles, mais à chaque fois, les juridictions préconisent qu’il soit d’abord transféré à La Réunion, parce que c’est de là d’où il vient, alors que la pénitentiaire refuse de le transférer. C’est vraiment le serpent qui se mord la queue : tant qu’il ne sera pas transféré à La Réunion, tout le monde sait pertinemment qu’il ne sera pas libéré de prison »

 

– Au-delà du cas de ces trois hommes, la question de la réinsertion de ces très longues peines est un enjeu de société.

 

Car rien n'existe pour les accueillir à la sortie de prison. Certaines structures refusent par exemple les personnes âgées de plus de 65 ans.

 

Que faire d'un homme qui a passé plus de 30 ans hors du monde ?

Selon Etienne Noël, au delà d'un certain temps, la détention perd tout son sens.

Etienne Noël : « Il n’y a aucune justification, sinon un espèce d’obscur sentiment de vengeance, à la prolongation d’une peine dans de telles proportions. Il faut savoir jusqu’où la peine est utile. Quelle que soit la gravité des faits, ce qui est important, c’est jusqu’à terme, une société puisse réintégrer les personnes une fois que leur personnalité a évolué. Le meilleur moyen de lutter contre la récidive, ce sont justement ces mesures d’assistance et de contrôle qui sont imposées dans le cadre de la libération conditionnelle. Il va même de l’intérêt de la société de ne pas privilégier le sécuritaire. Cela paraît tout à fait contradictoire, mais je le pense vraiment. On pourrait recruter des juges, des greffiers, faire en sorte que l’application des peines fonctionne vraiment… Il y aurait des foules de choses à faire en changeant simplement de regard »

 

Un changement de regard qu'initiera peut-être la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, dont on attend la semaine prochaine la circulaire de politique pénale.

Corinne Audoin

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