Le racisme en France au début des années 70

Les Lois antiracistes ont tout juste 40 ans.
Si le racisme et les discriminations demeurent, si il reste compliqué juridiquement de faire reconnaitre le caractère xénophobe d'un crime, il faut se rappeler que jusqu'en 1972 les ANPE et la grande presse étaient tapissées de petites annonces explicitement réservées "aux français" ou interdites "aux gens de couleur".

 

Voir la vidéo Ina

 

Contexte historique

La loi de 1881 relative à la liberté de la presse punit la diffamation et les injures incitant à la haine raciale ou religieuse (alors publiées dans certains journaux extrémistes). Le préambule de la Constitution de 1946, repris dans celle de 1958, réaffirme l'égalité des droits de tout citoyen quelle que soit sa race ou sa religion.

Il a cependant fallu attendre la loi du 1er juillet 1972 pour que la répression contre les discriminations soit renforcée. La loi de 1881 est alors élargie au delà du cadre de la presse à toutes les formes de discriminations en lien avec la race, le sexe, l'origine, un handicap, la situation de famillle ou l'appartenance politique ou religieuse. Cette loi punit d'une amende et d'une peine de prison toute personne ou administration déclarée coupable d'un traitement inégalitaire en raison de la race d'un individu. La loi favorise enfin l'action des associations de lutte contre les pratiques discriminatoires en leur accordant une reconnaissance juridique et le droit de se porter partie civile. La "loi Gayssot" adoptée en 1990 vient renforcer ces mesures, en reconnaissant notamment un délit de négation de crime contre l'humanité (suite aux propos de certains négationnistes remettant en cause l'existence des chambres à gaz).

Depuis cette date et face à la montée des violences à caractère raciste et xénophobe, plusieurs textes législatifs sont venus étoffer l'arsenal répressif prévu à l'encontre des personnes qui commettent des délits racistes, sexistes ou homophobes. Depuis décembre 2004, la mise en place la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (HALDE) démontre la volonté des pouvoirs publics de recenser plus efficacement les différentes formes de discriminations et d'aider les victimes à obtenir réparation.

 

Éclairage média

Ce reportage est diffusé au journal de 20 heures le 6 juin 1972. Il illustre la nécessité du projet de loi contre le racisme alors débattu à l'Assemblée Nationale. Ces images datent du début des années 70, alors que la crise économique ne touche pas encore la société française et que le chômage n'est pas un phénomène de masse. On remarque néanmoins que les préjugés contre les immigrants de toutes origines sont manifestes dans les témoignages diffusés au début et à la fin du sujet. Il serait inimaginable d'entendre aujourd'hui des propos aussi crus que ceux diffusés dans ce reportage à l'encontre des immigrés ("Que tous ces étrangers retournent dans leur pays" ; "Dehors les Algériens" sur la manchette d'un journal).

Ce document permet donc de mesurer les progrès accomplis grâce aux lois votées depuis cette époque : disparition de nombreux bidonvilles, interdiction des critères raciaux dans les exigences liées à l'embauche ou au logement, propos racistes réprimés… Il est toutefois intéressant de relier ce reportage à celui diffusé en avril 2006 sur France 3 (cf. La discrimination au logement en France) pour se rendre compte que les questions de discriminations à l'embauche ou au logement sont toujours d'actualité. La percée du Front National, notamment aux élections présidentielles de 2002, démontre également que les problèmes de racisme et d'intolérance face à l'étranger demeurent importants dans notre société. Les lois ne contribuent que lentement à l'évolution des mentalités.

 

Transcription

Journaliste

Demain, à l'ordre du jour du conseil des ministres et entre autres [incompris], une enquête de Claude Carré.

Claude Carré

«Trop de juifs, la poubelle de Paris remplie de ratons, halte à la négrification, la France aux français». Antisémitisme, racisme, xénophobie, graffitis vengeurs barbouillés sur les murs qui visent les 3 500 000 étrangers qui vivent en France. Cibles favorites : les algériens, les noirs et les portugais, petits ouvriers ou manoeuvres qui s'entassent parfois dans quelques bidonvilles à la limite des pavillons de banlieue. Ici, un simple grillage est une frontière que traversent seules la haine et l'incompréhension.

silence

Journaliste 2

Pourquoi est-ce que vous avez mis cette pancarte ?

Riverain

Comment ?

Journaliste 2

Pourquoi avez-vous mis cette pancarte ?

Riverain

C'est parce qu'ils démolissent la clôture là. Alors comprenez-vous, moi je tiens pas à ce qu'ils viennent, s'ils passent là , ils repartent plus, vous savez ?

Journaliste 2

Ça veut dire quoi ça ?

Riverain

Je les reçois avec une fourche. Vous voulez-vous loger là dedans vous ?

Journaliste 2

Mais quand on les met dehors, où vont-ils aller ? Vous croyez qu'eux ont envie de loger là dedans ?

Riverain

Mais c'est des yougoslaves, des portugais,

Journaliste 2

Et alors

Riverain

Eh ben, ils rentrent chez eux. On les emmène à Orly et puis… ils prennent l'avion.

(Silence)

Claude Carré

Pour combattre le racisme, la France a ratifié l'an dernier la convention internationale de l'ONU contre la discrimination raciale. Afin de lutter plus efficacement, les députés examineront demain 6 propositions de lois, car le racisme, la xénophobie, sont insidieusement présents dans les actes, les paroles ou les écrits de tous les jours. Dans la presse et les moyens audiovisuels, un délit nouveau serait créé. Toute provocation à la discrimination raciale ou à la haine fondée sur l'origine ethnique, nationale ou sur l'appartenance ou non à une religion, serait sévèrement punie. La diffamation raciste, également. Les associations antiracistes pourraient se porter partie civile, si elles sont reconnues d'utilité publique, condition que conteste le mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix. Les groupes de combat ou les associations qui incitent à la discrimination raciale seraient dissous. Enfin, le code pénal serait complété pour punir plus lourdement ceux qui, fonctionnaires ou particuliers, refusent pour des raisons raciales, un emploi, un logement ou un service à un étranger. Les exemples, hélas, de ce racisme social ne manquent pas. Et ils se passent de commentaires. Mais il faut réfléchir. Regardez, au quartier latin, dans un café.

Inconnu

Enfin j'étais avec 4 copains, on a demandé à être servi, ils ont dit : non. Tout simplement parce que à côté il y a eu des histoires, etc. Ils ont dit : à côté vous avez été vidés, nous ne voyons pas pourquoi nous vous servirions ici.

Claude Carré

Pour trouver un emploi modeste, dans les petites annonces des journaux, une barrière : européen seulement. A l'agence nationale pour l'emploi, réponse écrite d'un industriel : la direction ne prend pas de personnes de couleur.

(Silence)

Employée

Autre problème : trouver un logement, pour sortir des mains des marchands de sommeil. Ici encore un nouvel obstacle. Les propriétaires nous appellent pour nous proposer leur location et elles nous demandent tout de suite : surtout ne me présentez pas d'étrangers, je n'en veux pas.

Journaliste

Que faites-vous dans ces cas là ?

Employée

Eh bien dans ces cas là nous évitons de les faire venir, et au téléphone on leur dit que, souvent on leur dit que c'est pris quoi, pour éviter de leur faire cet affront.

Inconnu 2

J'ai déjà eu l'occasion dans les journaux avec des annonces, je me suis présenté, enfin avant de me présenter par exemple, je téléphone, on me dit : oui monsieur, passez. Mais dès que je passe, on me dit ben, désolé, le propriétaire ou enfin la propriétaire ne veut pas d'homme de couleur, voilà.

Claude Carré

Autre exemple, 2 pièces à Juan-les-Pins : n'accepte que de véritable français. Irritation, racisme ou xénophobie, ces nouvelles lois, une éducation, et une information plus importante devraient éviter des scènes pénibles comme celles-ci. Ecoutez.

(Silence)

Inconnue

Nous ne sommes peut-être pas racistes, mais en habitant à côté de ces gens là, nous le devenons ; moi je le deviens.

Inconnu 3

D'ailleurs venez ici un jour d'une fête algérienne, vous verrez les moutons qui se promènent ; monsieur, on se retrouve en Algérie.

Riverain

Vous voulez qu'on les aime ces gars là ? Mais non, mais qui les aime ? Le Pape, s'il le veut mais qu'ils nous foutent la paix avec ces gars là, qu'ils les embarquent au, … dans leur pays !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s