Lettre ouverte de Roger Knobelspiess sur la prison

Lettre ouverte à Monsieur François Hollande Président de la République

Lundi 25 juin 2012

Monsieur le Président,
Le 10 mai 2012, date anniversaire, deux heures du matin, à la Maison d’arrêt d’Osny, dans sa cellule, un prisonnier met le feu à des journaux, puis enflamme son matelas… Très vite le feu envahit les 8 m carrés de la cellule, se propage à ses vêtements… Il hurle, les flammes lèchent les murs, reviennent sur lui, il est emporté, impossible de fuir, la porte de la cellule est fermée.
La fumée, l’odeur de chair brulée ont alerté ses co-détenus qui tambourinent dans leur porte. Leurs cris parviennent au surveillant du rond-point. Quand ce dernier arrive, il entend les hurlements du jeune détenu immolé. Il pourrait ouvrir la porte et tenter de le sauver, mais il n’a pas la clé, il faut aller chercher le gradé. Le temps d’arriver, c’est fini. Le jeune homme de 20 ans a succombé dans une effroyable souffrance.

Les responsables de la prison ont refusé de communiquer sur ce drame. En prison, la République est celle du non-droit et l’administration pénitentiaire se comporte comme si elle était propriétaire des détenus. Ce temps est celui où le silence s’est abattu sur l’univers carcéral.
Concernant les hommes politiques ? L’indifférence a atteint son point de saturation. Pas un seul candidat à l’élection n’a eu un mot sur l’immuable maltraitance qu’inflige l’actuel système carcéral. Ce fait vaut d’être signalé. On évalue une société à la manière dont elle traite ses catégories sociales les plus faibles. En prison, le suicide est devenu l’acte ultime de la révolte. Par rapport à l’extérieur, les suicides y sont multipliés pas 7… La France détient le triste record des suicides en prison.

Prisons surpeuplées… Cellules vétustes, chiottes délabrées, lits superposés, matelas à même le sol, la crasse dans tous les recoins de la cellule, mauvaises odeurs. Dans les cours de promenade, la violence prête à exploser. La baston quotidienne sur les plus faibles est devenue la distraction des matons. L’hémisphère mental ne résiste plus à l’emprisonnement. Les détenus qui hurlent sont assommés par intraveineuse infligée de force. L’enfermement crée de la maladie psychiatrique. Toute velléité de révolte est durement réprimée ; le mitard, les QHS, (jamais supprimé, seulement rebaptisé en QI – quartier d’isolement-), et pour ceux qui portent la révolte jusqu’au bout d’eux-mêmes, ont fait appel à des surveillants physiquement sur entrainés et armés… (Les IRIS).

La prison modifie la sentence en peine de mort lente et le suicide borde comme une délivrance ceux qui ne peuvent plus résister…
Dans les années 50, l’ONU affirmait qu’un homme enfermé devait être libéré dans le même état que celui où il était entré.

Pour ceux qui depuis ces 10 dernières années ont été lourdement condamnés par la politique sécuritaire de Monsieur Sarkozy ; pour eux, je vous demande de leur rendre un peu de justice en rétablissant les grâces Présidentielles.

Par avance, Monsieur le Président, je vous remercie en mon nom et celui des prisonniers qui s’accrochent à cet espoir.

Roger Knobelspiess.

 

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