Hauts les coeurs les antisémites, vous avez un parti !

« L’APARTHEID EST EN ISRAËL PLUS QU’UN SYSTÈME, C’EST LA CONCEPTION MÊME DE L’ÉTAT »

lundi 30 janvier 2012

Lu sur le site du NPA

 

Entretien avec Pierre Galand, militant politique et associatif belge, ancien sénateur socialiste, président du comité de coordination européen des ONG pour la Palestine, et un des organisateurs du Tribunal Russell sur la Palestine. Il a présenté le travail du tribunal lors du week-end de travail de la campagne BDS France, samedi 14 janvier.

 

Pourquoi un Tribunal Russell sur la Palestine ?

Le tribunal se tient dans le même esprit que celui qui a présidé à l’initiative de Lord Bertrand Russell et Jean-Paul Sartre en 1966 pour le Vietnam. Ce qui se passait au Vietnam était l’inverse de ce que la communauté internationale avait voulu à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La violence se déchaînait avec des armes de destruction aveugle, chimiques, bactériologiques, dirigées contre les populations civiles. Il s’agissait de concevoir le droit capable de condamner de telles dérives. Le tribunal avait contribué à une prise de conscience aux USA mêmes.

En 1975, deux ans après le 11 septembre du Général Pinochet, le tribunal sur l’Amérique latine, mis en place à l’initiative de l’italien Lelio Basso, a braqué le projecteur sur les juntes militaires dans leurs activités de contrôle des sociétés civiles. Le tribunal a donné raison et arguments à ceux qui résistaient.

Pour la Palestine, nous sommes dans une situation différente. L’avis de la Cour internationale de justice, en juillet 2004, à propos du Mur, établit en droit de façon extrêmement détaillée l’activité criminelle de cet État, nous n’avions pas de raisons d’y revenir. D’emblée, la question a été : quels sont les manquements au droit qui font que cette politique criminelle se poursuit malgré l’arrêt de la Cour internationale de justice ? Quels sont les coupables et quels sont les moyens pour les contraindre à appliquer la loi ? Deux ans après l’arrêt de la CIJ, nous avons pris l’initiative à la demande de Leila Shahid, représentante de la Palestine à Bruxelles, et de Nurit Peled, professeure à l’Université de Tel Aviv.

 

La session de Barcelone a exploré les complicités des États et de l’Union européenne. La session de Londres a démontré les complicités des sociétés. La session du Cap qui s’est tenue en novembre a parlé d’apartheid à propos d’Israël. Le terme, utilisé en Afrique du Sud même, est-il pertinent ?

À aucun moment nous n’avons cherché à comparer les deux situations. Il se trouve que ce terme d’apartheid a été utilisé par certains témoins lors des sessions de Barcelone et de Londres. Or après la chute de l’apartheid en Afrique du Sud, le droit international a établi un crime d’apartheid, avec un certain nombre de critères. C’est à partir de ces critères que nous avons posé la question : le terme est-il applicable et quelles en sont les conséquences ? Et la réponse des juristes les plus éminents ont convergé pour dire que tous les critères pouvaient être invoqués, le crime d’apartheid est bien commis. Plus encore, lors des conclusions, tous les témoins sud-africains, qu’ils soient noirs, blancs, indiens, le secrétaire général de la Cosatu, Desmond Tutu, tous nous ont dit : l’apartheid est en Israël plus qu’un système, c’est la conception même de l’État. Il s’agit de disqualifier un régime qui nie la qualité citoyenne de l’autre, un État qui a dans ses gènes adopté l’apartheid. Nous ne disons là rien d’autre que ce que disent les juifs progressistes partout dans le monde.

Il y a structurellement apartheid « intérieur » dans les droits différents des juifs et des non-juifs. Il y a apartheid « extérieur » dans les droits différents applicables dans les territoires occupés entre Israéliens des colonies et Palestiniens. Il y a apartheid extérieur dans le refus d’accorder le droit au retour aux réfugiés.

Il n’y a pas de solution dans la forme de l’État actuel, qui correspond à une forme de démocratie parlementaire censitaire.

Dire cela, c’est choquant, nous le savons. Il y a un long travail pédagogique à accomplir pour que chacun comprenne que ce n’est pas antisémite, que ce n’est pas négationniste de défendre le droit des humains à exister dans l’égalité partout où ils sont.

Je dois dire que j’ai été impressionné par l’intervention du secrétaire général de la Cosatu, le principal syndicat sud-africain, qui a un immense prestige dans le pays. Il m’a vraiment convaincu que nous devions franchir une étape dans l’analyse et dans l’action.

 

Quelles sont maintenant les perspectives ?

Personnellement, je suis optimiste. Israël et Palestine, c’est pour moi comme la reliure d’un livre. La dignité de l’être humain est dans sa capacité à vivre ensemble. Le recul, c’est quand il y a absence de lutte.

À l’automne, une quatrième session se tiendra à New York, où en 1960 un texte a été adopté sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et probablement avant la fin de l’année une session de conclusions générales. Le tribunal fonde en droit la légitimité de la campagne BDS, mais c’est l’affaire du mouvement de la mettre en œuvre.

 

Propos recueillis par Roger Devaneuse

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