Révolte des mineurs des EPM

Appel a solidarité avec les détenus de Toulouse. Pourquoi on resterait calme ?

 

Qu'elles abîment des majeures ou des mineures, les prisons sont régulièrement et
depuis toujours secouées par des révoltes. Quel que soit le nom donné aux
différentes structures pénitentiaires : le bruit de la clé dans la serrure d'une
cellule est une torture quotidienne, l'isolement une abomination, la fin du parloir
une souffrance, et le temps enfermé un sablier qui tue à petit feu.
En mai 2011, la quasi totalité des détenus de l'Établissement Pénitentiaire pour
Mineurs (EPM) de Lavaur se révolte et saccage des dizaines de cellules. La réponse
de l'Administration Pénitentiaire (AP) et de la Protection Judiciaire de la Jeunesse
(PJJ) est tristement banale : mesures d'isolement, conseils disciplinaires,
transferts, ainsi qu'une descente des Équipes Régionales d'Intervention et de
Sécurité (ERIS), spécialistes cagoulés du matage des luttes en prisons.
Pendant qu'on détruit un peu plus les gamins pour leur apprendre qu'ici, on ne se
révolte pas, les éducateurs et éducatrices de la PJJ saisissent l'opportunité
médiatique pour apitoyer sur les conditions de leur travail avec ces  « enfants
irrécupérables ».

Le discours porté alors par les torchons locaux, nationaux et autres porte-paroles
du maintien de l'ordre ne parvient pas à duper tout le monde. Un certain nombre de
personnes touchées par la colère qu'expriment les jeunes détenus décide de
manifester leur solidarité. Chercher à capter leur version des faits, réfléchir aux
moyens de la faire circuler, casser la condamnation unanime de cette révolte, faire
savoir à l'intérieur que dehors des gens se bougent et pensent à eux…

Le simple fait de se rendre le plus souvent possible à Lavaur aux heures de parloir
pour rencontrer  les familles et discuter avec les proches étonne, dérange et irrite
les autorités locales qui s'empressent de faire appel aux gendarmes pour empêcher
tout échange.

Le 5 juillet dernier, une dizaine de personnes ont pénétré dans les locaux de la
Direction Interrégionale de la  PJJ, à Labège dans la banlieue de Toulouse, pour
manifester contre l'incarcération des mineurs. Selon La Dépêche du 6 juillet, qui
s'appuie sur les déclarations faites aussitôt à la presse par le procureur de la
République Valet, ces personnes étaient « ³armées² de bouteilles dont elles ont
déversé le contenu sur les bureaux et les ordinateurs. Un liquide marron aux relents
d'ammoniaque et qui pourrait contenir de l'urine et des excréments humains ». Elles
sont reparties « après avoir lancé des tracts qui contiendraient des propos
injurieux sur l'action éducative menée par la PJJ ». Si l'acte réalisé à Labège n'a
pas été revendiqué, il est survenu quelques semaines après celui d'Orvault, en
Loire-Atlantique, où des gens ont écrit sur les murs de la PJJ de Nantes : « L'EPM
tue » à la suite du suicide d'un mineur placé dans l'établissement pénitentiaire
pour mineurs de cette ville.

L'action aurait « traumatisés » les éducs et le personnel qui s'affairaient à leur
tâche de chaque jour : séparer des mômes de leurs proches et de leurs familles
jugées inaptes à les élever, enfermer des enfants dans une multitude de structures
plus répressives les unes que les autres (centres éducatifs renforcés, centres
éducatifs fermés, prison pour mineurs…).

Qui traumatise qui ?

Quatre mois plus tard, le mardi 15 novembre à Toulouse, 7 domiciles sont
perquisitionnés par une centaine de gendarmes qui saisissent ordinateurs,
téléphones, livres, affiches et effets personnels de touTEs les habitantEs. A
l'issue de ces perquisitions, 7 personnes sont placées en garde à vue, 4 autres sont
auditionnées, et une famille en cours de régularisation est arrêtée puis relâchée
dans la journée.
Après 32h de garde à vue, 4 sont placées en détention provisoire sur demande du juge
d'instruction Suc. Une cinquième est placée sous contrôle judiciaire, une sixième
doit rester à disposition du juge pour le reste de l'instruction en tant que «
témoin assisté ».

Illes sont mis en examen pour : « participation à un groupement formé en vue de la
préparation de violences contre les personnes ou de destruction ou de dégradations
de biens », « violence commise en réunion sans incapacité » et « dégradation ou
détérioration du bien d'autrui commise en réunion ». Tout ça pourquoi ? Deux tags et
un seau de caca ? Le fait de visiter en journée certains collaborateurs de
l'enfermement semble relever d'un intolérable culot.  Mais soyons sérieux, au regard
de la situation faite aux mineurs détenus, et plus largement à l'ensemble de la
population carcérale, cette action paraît bien modérée.

Qui se fout de la gueule de qui ?

La Police contrôle, pacifie, tue. La Justice enferme, anéantie, tue.
La répression n'est pas aveugle et encore moins anodine. Elle vise celles et ceux
qui, malgré leur position dans la société qui les voudrait pauvres et dociles,
refusent ce sommeil. Un jour les « anars »,  un jour les étudiantes, un jour les
ouvriers grévistes, la liste des mouvements sociaux criminalisés est infinie…

Sur Toulouse, pendant le mouvement des retraites des personnes écopent de mois de
sursis pour un tag, à la fac des étudiantes sont condamnées pour une occupation
pendant une grève, dans les boites des travailleur-euses sont sanctionnées pour
telle ou telle action, des squats où l'on fait intervenir le GIPN et où la justice
prend des licences avec ses propres règles.

Ce n'est pas un milieu que l'on cible, c'est la capacité d'action de toute lutte.
Dès que la contestation sort du cadre légal qui ne laisse d'autre choix que
d'organiser une jolie manifestation plonplomb déposée en préfecture, on s'expose à
une répression aussi mégalo que ses commanditaires. Saupoudrons le tout de termes
tels que « mouvance anarchiste », « anarcho-autonome », « gauchistes », que la
justice et les médias affectionnent tant et la tambouille médiatico-judiciaire est
servie ! Cuisine rendue volontairement indigeste pour faire croire que ces luttes ne
concernent qu'une bande d'inadaptés extrémistes et incurables. Alors qu'à Toulouse
comme ailleurs, la police et les corps répressifs sont partout, nous pourrissent la
vie à tous et toutes, des banlieues au centre-ville, en effectif toujours plus
nombreux et toujours plus armés.

Ce qu'ils appellent « ville propre » c'est une ville livrée aux bourgeois et au
commerce, mortifère, aseptisée, où rien ne dépasse et où tout est sous le contrôle
des caméras, des forces de l'ordre, des "bons citoyens".
Qui terrorise qui ?

Qu'illes aient ou non fait partie de l'expédition qui nous avait réjouit à l'époque,
nous sommes solidaires des inculpé-es

Nous ne voulons pas de ce monde qui nous contrôle et nous emmure.

Leurs matraques ne nous feront pas taire, ni marcher d'un seul pas !

Au contraire, exprimons notre solidarité avec rage et détermination !
Exigeons l'arrêt des poursuites et la libération pour les inculpés du 15 novembre !

Les murs nous enferment, attaquons toutes les prisons !
Laissez libre cours à votre imagination pour tout acte de solidarité dans chaque ville

nonalepm@riseup.net

pour un soutien financier bienvenu, envoyez vos chèques à l'ordre de « Maria »,
CAJ c /o Canal Sud
40 rue Alfred Duméril
31400 Toulouse

 

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