Les mots du FN dans la bouche de l’UMP : l’inventaire

Par Marine Turchi

«La nationalité, ce n’est pas simplement une formalité administrative», «les immigrés que nous accueillons doivent adopter nos coutumes», «respecter nos
lois»
 et «être intégrés». Le discours de Marine Le Pen, à Nice, le 11 septembre (vidéo ici)? Oui, mais aussi celui
de Claude Guéant, ce jeudi, avant un déplacement en
Seine-Saint-Denis.

«Quand le FN est à 25%, les responsables de l’UMP parlent comme le FN», dit Marine Le Pen. Pendant ce quinquennat, l’UMP a couru après le Front national, quand elle ne l’a pas carrément
devancé sur certaines propositions. Les deux partis se marchent dessus sur de nombreux sujets. Au sein de l’UMP, certains ont dénoncé avec force cette «lepénisation» de la
majorité (ici ou encore là et ici). Les incriminés s’en défendent. Alors prenons les mots. Les
déclarations officielles à la tribune comme les répliques à l’emporte-pièce. Les propositions de loi comme les réponses du tac au tac dans les médias. 

Aujourd’hui, l’extrême-droitisation n’est plus le seul fait d’une minorité rangée sous l’étiquette «Droite Populaire». Elle touche le sommet de l’Etat, certains ministres, des élus de tous les
échelons. Elle ne se concentre plus sur le thème de l’immigration, elle déteint sur la vision du social, de la religion, des banlieues, de l’islam, de la famille, de la nation (lire aussi notre
onglet « Prolonger »). Mediapart a épluché cinq ans de mots et de mesures à la droite de l’échiquier politique. Sur de nombreux sujets, le résultat se superpose étrangement. 

  • «L’assistanat», «cancer de la société»

9 mai 2011. Suivant à la lettre les préconisations faites un mois plus tôt par Patrick Buisson, le très influent conseiller de Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez lance la chasse
à «l’assistanat», qu’il qualifie de «cancer de la sociét黫J’ai juste dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas», se justifie le
ministre dans un entretien au Progrès.
Une expression qui reprend le slogan de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980, lorsqu’il se présentait comme celui qui «disait tout haut».

Vidéo A l’UMP comme au FN, on prétend que la fraude aux prestations sociales a «explosé». Le
15 novembre, à Bordeaux, Nicolas Sarkozy fait de la lutte contre la fraude sociale l’un de ses axes de campagne pour 2012. La
fraude, «c’est la trahison nationale», le «vol», répète le président, mais aussi les ténors de l’UMP. «Fraudeurs» «voleurs», dit le ministre
du travail: «ils prennent tout simplement dans la poche des autres».

Vidéo La veille, Marine Le Pen avait elle aussi ciblé «la fraude sociale». Elle ne parle pas
de «cancer» mais plutôt de «poison de la société». Et reprend à son compte les mots du député UMP Dominique Tian, auteur d’un rapport sur le sujet: «En
juin un rapport parlementaire a estimé son coût à 20 milliards d’euros par an soit 44 fois plus que la fraude détectée.»
 La Droite populaire, le collectif à la droite de l’UMP,
propose de créer une «carte de sécurité sociale sécurisée», quand le FN souhaite une «carte Vitale biométrique». Le sujet est pratique, il permet de désigner (sans
le dire) les étrangers comme responsables des déficits des comptes sociaux.

  • «Les profiteurs du haut et les profiteurs du bas»

7 août 2011. Thierry Mariani, ministre des transports et chef de file de la Droite populaire, puis Laurent Wauquiez (fondateur de la Droite sociale) proposent une série de
mesures pour «lutter contre les profiteurs du haut et les profiteurs du bas». Cette formule, rabâchée ici et , est souvent prononcée par Marine Le
Pen. Elle s’en prend aux «patrons voyous» «aux supers-profits du CAC 40» (exemple dans cette vidéo), l’UMP
tape sur les puissants (suppression des stock-options, taxe des hauts revenus financiers, encadrement des augmentations de salaires des dirigeants qui suppriment des emplois). Elle
prône «la politique de tolérance zéro contre les fraudeurs», ils prônent la création d’un fichier des allocataires sociaux.

«Les racailles» et les «voyous» des «cités»

  • Les «signes extérieurs de richesse des voyous»

24 novembre 2009. «On va changer les règles sur les signes extérieurs de richesse et de train de vie. Nous allons cibler un certain nombre de cités où il y a du trafic
de drogue»
, annonce Sarkozy, en visite en
Seine-Saint-Denis
. Un mois avant, le député UMP Alfred Trassy-Paillogues s’en prend lui aux gens du voyage qui «débarquent en faisant fi de toutes les
règles»
«bénéficient assez souvent d’aide sociale de notre pays» et roulent «dans des Porsche». Marine Le Pen veut elle aussi s’attaquer
aux «signes extérieurs de richesse des voyous de banlieue», à ces «dealers qui se baladent avec des grosses voitures tout en touchant le RSA».

  • Les «racailles» et les «zones de non-droit»

14 avril 2007. «J’ai bien l’intention de continuer à appeler un voyou, un voyou, une racaille, une racaille. Ce n’est pas un mot qui est insultant, ce qui est insultant,
c’est de se comporter comme un voyou»
, dit le candidat Sarkozy à Meaux, peu avant son élection.
Son «nettoyer au Kärcher la cité» et «débarrasser de la racaille» de 2005, il les
assume. «Voyous»«gangs»«bandes»,«racailles»«gros caïds»«petits dealers»«zones de
non-droit»,
«lutte sans merci». Ces expressions ponctuent son quinquennat quand il s’agit de parler de banlieues. C’est aussi le champ lexical employé par le FN: «La France
est livrée aux racailles, aux casseurs, aux bandes armées
», dénonce la patronne du FN.

  • «Homosexualité» et «polygamie»

Vidéo 25 mai 2001. A l’Assemblée, la députée et maire UMP de Montauban, Brigitte
Barèges, monte au créneau contre le
mariage homosexuel: «Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? Ou la polygamie ?». «Pourquoi pas la polygamie», c’est précisément la remarque de Marine Le Pen le
14 juin dernier, sur France Inter (ci-contre). Le FN comme l’UMP sont opposés au mariage homosexuel. Avec les mêmes arguments («Le mariage s’effectue entre un homme et une femme») et les
mêmes remarques homophobes. Le parti présidentiel va même plus loin (lire notre article).
Le député Jacques Myard compare l’homosexualité à la zoophilie et
l’assimile à une «perversion sexuelle».
Son collègue Christian Vanneste la qualifie d’«inférieure».

  • «Contrôler» le rap «issu de l’immigration»

27 juillet 2011. Le député UMP Michel Raison propose de«contrôler la diffusion de
certaines œuvres musicales»
 écrites par des groupes «issus de l’immigration». Une idée dans la veine de la proposition de la Droite
populaire: «pénaliser» les «outrages et insultes à la nation française et au fait d’être français». Dans le viseur notamment, «ces rappeurs qui crient
des « nique la France » et ne sont pas condamnés»
.

  • «Apéros saucisson-pinard»

14 juillet 2011. La Droite populaire organise à l’Assemblée nationale un «apéritif saucisson-vin rouge pour fêter dignement la fête
nationale»
. Une initiative qui rappelle les «apéros saucisson-pinard» organisés par l’extrême droite pour provoquer la communauté musulmane et en particulier les prières
de rue. L’interdiction de l’un de ces apéros avait été défendue par Marine Le Pen. Avec les mêmes arguments: l’Etat cède à
toutes les exigences «communautaristes».

  • «Le mépris des élites»

Vidéo 29 mars 2011. Dans Paris-Match, Patrick Buisson, le conseiller de l’ombre de
Sarkozy, dénonce «le mépris» «sidérant» de«la classe dirigeante»et la «prolophobie» de«nos élites». Cet ancien de Minute, à
l’origine de la stratégie de siphonnage des voix frontistes, emploie les mêmes termes que le FN. Combien de fois les Le Pen ont-ils fustigé
le «mépris» et «l’arrogance» de la «caste» dirigeante pour le«peuple»«Chez une certaine élite, il y a un mépris pour
ceux qui ne sont pas puissants»
, dit la patronne du FN (vidéo ci-contre et interpellation
de Copé ici
).

  • «La pensée du système»

17 novembre 2011. Invité de «Des paroles et des actes», l’émission politique de France 2, Jean-François Copé multiplie les attaques au «système»«la
pensée du système»
«le système parisien», loin du «terrain». Le clin d’oeil est appuyé. Le FN s’est toujours présenté comme le parti anti-système,
dénonçant«l’establishment» et un «système cadenassé».

  • Le «racket» des automobilistes

 11 mai 2011. Le gouvernement souhaite supprimer les panneaux avertisseurs et requalifier certaines infractions dans une classe de contravention
supérieure. «Pièges»«racket», s’insurgent des parlementaires UMP en interpellant
vivement François Fillon en réunion de groupe et dans une lettre co-signée. Un «racket»dénonce aussi Marine Le Pen, qui y voit «une double peine
appliquée aux automobilistes»
.

  • «La délinquance a des liens avec l’immigration»

Vidéo 5 août 2010«La délinquance, chacun sait qu’il y a
des liens avec l’immigration. Chacun le sait. C’est souvent pas correct de le dire, mais c’est une réalité que chacun connaît»
, lâche Frédéric Lefebvre sur Europe-1. Le porte-parole de l’UMP
ne fait que reprendre les propos de Nicolas Sarkozy qui établissait, dans son discours de Grenoble, un lien entre la délinquance et «cinquante années d’immigration insuffisamment
régulée»
. Le premier à établir ce lien fut le FN. «90% des faits divers ont à leur origine soit un immigré soit une personne d’origine immigrée», redisait Jean-Marie Le
Pen en août 2009.

  • Expulser les «Roms»

5 août 2010. Nicolas Sarkozy vient de «demand(er) de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms»Une circulaire du ministère de l’intérieur rappelle aux préfets
les«objectifs précis» fixés par le président: «300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des
Roms.»
 Jean-Marie Le Pen applaudit«Nous sommes évidemment favorables à ces
reconduites à la frontière (…) Il est nécessaire de faire partir ces Roms d’Europe centrale mais il serait tellement mieux qu’ils ne soient pas venus.»
 «L’Etat doit appliquer la
loi à tous les camps illégaux»
 qu’ils soient«roms»«afghans» ou «yougoslaves», dit sa fille (vidéo ici).

  • Les «Roumains délinquants»

12 septembre 2011. «La présence de Roumains délinquants dans notre pays est quelque chose de préoccupant. (…) 2% de la délinquance en France sont le fait de
Roumains»
, il faut«combattre» cette «réalité»déclare Guéant en annonçant le rapatriement des mineurs dans
leur pays. Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du FN et proche de Marine Le Pen, s’était, elle, retrouvée devant le tribunal correctionnel de Paris après avoir déclaré en 2008 que les gens du voyage étaient «pour la grande
majorité»
 des «clandestins» et des «délinquants».

«Que la France reste la France»

  • Deux catégories de Français

 30 juillet 2010. C’est la marque de fabrique du FN. Pourtant, dans son discours de Grenoble, Nicolas Sarkozy distingue «les Français
d’origine étrangère»
 du reste de la Nation, en proposant de«retirer» la nationalité française «à toute personne d’origine étrangère» qui
porterait «atteinte à la vie d’une personne dépositaire de l’autorité publique». Il reculera plus tard, suscitant la colère de la droite. Eric Besson avait
lui estimé en décembre 2009 qu’il y avait des
Français plus français que d’autres en revendiquant «une hiérarchie entre les appartenances».

  • Préférence nationale

25 octobre 2011. Le député de la Droite populaire Philippe Meunier propose de réserver l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) aux «Français,
européens et ressortissants étrangers ayant combattu pour la France»
. Un amendement cosigné par
67 députés 
UMP – bien au-delà de la seule Droite populaire, donc –, et qui s’inspire de la «préférence nationale»prônée par le FN depuis des années. «La solidarité
nationale doit être réservée aux nationaux»
répète Marine Le Pen.

  • «La carte d’identité» n’est pas «une carte bleue»

9 novembre 2011. «La carte nationale d’identité n’est pas la carte Orange», écrivait Jean-Marie Le Pen, alors député (1986-1988), dans l’exposé des motifs de sa
proposition de loi n° 82 «tendant à modifier le code de la nationalité française»«La carte d’identité, elle n’est souvent que la carte bancaire, voire la carte Vitale
pour certains»
, a dit le député UMP Lionnel Luca. Son parti vient de ressortir la (très
controversée
) loi Pasqua de 1993 en proposant que les enfants nés en France de parents étrangers fassent, à 18 ans, une demande expresse pour acquérir la nationalité (la démarche est
actuellement automatique s’ils vivent ou ont vécu en France pendant cinq ans depuis leurs 11 ans). En matière de nationalité, l’UMP s’est largement aventurée sur les terres du FN, avec les mêmes
arguments. La nationalité n’est pas «une situation administrative», elle «se mérite», c’est «une fierté», un«attachement à la nation», qu’on
obtient pas comme «un baril de lessive».

  • La remise en cause du droit du sol

29 septembre 2010. Le «gros rouge qui tache» voulu par Sarkozy a laissé des traces. Ce jour-là, à l’Assemblée, des députés UMP proposent des
amendements remettant en cause le droit du sol à Mayotte et en Guyane. Marine Le Pen instrumentalise elle aussi la situation à Mayotte pour demander «la suppression du droit du sol»:
Mayotte, une «folie»«notre Lampedusa à
nous»
, répète-t-elle, prévoyant «un flux d’immigration massive en provenance des Comores» sur le continent français. Thierry Mariani est favorable à cette remise en
cause «à titre personnel» et le redit sans nuance à Mediapart en juillet 2011.

  • «Supprimer la double nationalité»

29 septembre 2010. L’amendement est passé inaperçu. Un groupe de députés emmené par Lionnel Luca vient de proposer de supprimer la double nationalité. Précisément ce que réclame le FN de longue date. En juin
2011, le député Claude Goasguen remet le couvert: dans un rapport sur le droit de la nationalité, il propose de limiter le nombre de doubles nationalités. Il ne se prive pas de citer explicitement Marine Le Pen en prétendant, comme
elle, «qu’il y a 5 millions d’Algériens binationaux en France». Résultat, FN et Droite populaire s’écharpent pour réclamer la paternité de cette idée, comme Mediapart l’a
raconté ici.

  • «Pétition contre le droit de vote des étrangers»

9 novembre 2011. Le droit de vote des étrangers aux élections locales, «c’est contraire à nos valeurs», a dit Marc-Philippe Daubresse, le
secrétaire général adjoint (pourtant centriste) de l’UMP, annonçant une 
grande campagne de mobilisation du parti sur le sujet. C’est un vieux
cheval de bataille du FN que tente de récupérer l’UMP. Le 19 octobre, la Droite populaire lance une pétition 
sur son
site
, une semaine après le FN dénonce une «imposture» et dégaine sa propre
pétition
.

  • «Que la France reste la France»

Vidéo 17 mars 2011. «Les Français, à
force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux
règles de notre vie sociale»
, explique ce jour-là Claude Guéant (vidéo à 7′). Marine Le Pen applaudit et lui offre «une carte d’adhérent de prestige», elle qui évoque
constamment «le sentiment que l’on se sent dépossédé de notre pays» (voir notre vidéo).

Dérapage du ministre? Non, une variante de son entretien de la veille dans Le Monde: les Français «veulent que la France reste la France» et «que
les nouveaux arrivés adoptent le mode de vie qui est le leur, ils veulent que leur mode de vie soit respecté»
. Ces phrases, il les répétera le 3 juillet, le 22 octobre, le 17 novembre.

Ces propos sont aussi la déclinaison de ces dizaines et dizaines de phrases lâchées par des élus UMP décomplexés, que l’on avait entendues lors du débat sur l’identité nationale en 2009, en amont de celui sur l’islam, à la
convention sur l’immigration de l’UMP en juillet 2011. Ce maire de
Gussainville (Meuse) qui pense qu’«il est temps qu’on réagisse, parce qu’on va se faire bouffer» car «y’en a déjà dix millions (d’immigrés), dix millions que l’on paye à
rien foutre»
. Ce député de Seine-Maritime, qui explique qu’ils (les gens du voyage) «nous envahissent assez régulièrement de manière brutale à 20, 30, 40 ou 50
caravanes»
 et «débarquent en faisant fi de toutes les règles». La thématique de «l’invasion», un classique de l’extrême droite (que Mediapart avait décryptée ici), illustrée par le célèbre slogan «la France aux
Français».

«L’accroissement des musulmans pose problème»

  • «L’accroissement des musulmans pose problème»

4 avril 2011. La veille du «débat» de l’UMP sur l’islam, lors d’un déplacement à Nantes, Claude Guéant lâche«Il y avait très peu de musulmans en France.
Aujourd’hui, on estime qu’il y a à peu près 5 ou 6 millions de musulmans en France. C’est vrai que l’accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements,
posent problème.»
 Le même discours que l’extrême droite qui dénonce «l’islamisation de la France».«On est en train d’adapter la France à l’immigration massive
musulmane»
, estime Marine Le Pen (vidéo ici).

En décembre 2010, elle
compare «les prières de rue» de musulmans à «l’Occupation». Claude Guéant répète lui que «la prière dans la rue doit
cesser»
«car elle heurte la sensibilité de nombre de nos compatriotes, choqués par l’occupation de l’espace public par une pratique religieuse».

Vidéo Le ministre de l’intérieur décline au sommet de l’Etat un racisme ordinaire diffusé
par certains ministres et élus. Brice Hortefeux et son tristement célèbre«Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes» lancé en référence à
l’origine arabe d’un jeune militant (septembre 2009). Brice Hortefeux encore, à propos de
Fadela Amara: «C’est une compatriote. Comme ce n’est pas forcément évident, je le précise»(janvier 2009). Nadine Morano à propos “du” jeune musulman:«Ce
que je veux, c’est qu’il travaille, qu’il ne parle pas verlan et qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers»
 (décembre 2009).

  • «Pas de signes religieux» dans les hôpitaux

24 mars 2011. Sur l’hôpital et les signes religieux, Guéant embarrasse jusque dans son propre camp. «Les agents des services publics évidemment ne doivent pas
porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne (le) doivent pas non plus»
, déclare-t-il, enrichissant la charte de la
laïcité (qui régit la gestion de cette question à l’hôpital) d’une disposition qu’elle ne contient pas. Marine Le Pen rappelle que le FN dénonce «depuis des années les atteintes à la
laïcité dans les hôpitaux et à l’école»
.

  • Interdire les «drapeaux» lors des mariages

9 décembre 2009. Une proposition de loi UMP veut interdire les drapeaux
ou signes étrangers lors des cérémonies de mariage. L’ex-FN Jacques Bompard, maire (MPF) d’Orange, n’a pas attendu la loi: il a interdit les drapeaux étrangers dans les locaux de la mairie et à
ses «abords immédiats» le 1er décembre.

  • Les restaurants halal, «dérive communautariste»

Vidéo 15 février 2010. Marine Le Pen lancela polémique sur les menus halal de Quick, suivie par des députés UMP essentiellement issus de la
Droite populaire. Avec les mêmes mots:«inadmissible»,«inacceptable»«dérive communautariste»«contraire à la laïcit黫imposer le halal
sans possibilité de choix n’est pas acceptable»
«Nous ne sommes pas dans un pays musulman».

  • «Expulser» les maris de femmes portant le niqab

12 novembre 2009. «La France est un pays où il n’y a pas de place pour la burqa», déclare Nicolas Sarkozy. Jean-François Copé embraye et fait de l’interdiction
du port du voile intégral dans les lieux publics sa priorité. Marine Le Pen souhaite elle «interdire le voile partout» et avance les mêmes arguments: il va «à
l’encontre de nos valeurs»
 et «de notre principe de laïcité».

Mais l’offensive anti-burqa lancée par l’UMP ouvre la voie
à tous les excès. Une conductrice portant un niqab au volant est verbalisée (le PV sera annulé). Hortefeux demande que son mari – marié à plusieurs femmes qui portent
le niqab – soit déchu de sa nationalité française. La présidente du FN est dans la même veine: elle veut «expulser» les maris «qui forceraient (leur) femme à porter un voile
intégral»
.

«S’assimiler, c’est épouser notre culture»

  • «Remettons-les dans les bateaux!»

Vidéo 8 mars 2011. La députée et ancienne porte-parole de l’UMP, Chantal Brunel, suggère de«remettre dans les
bateaux» 
les immigrés«qui viendraient de la Méditerranée». Une semaine plus tôt (voir la vidéo), Marine Le Pen proposait elle aussi
de «repousser» les bateaux de «migrants qui voudraient entrer en Europe»

.

Lors des révolutions arabes, Claude Guéant explique (à propos des Tunisiens débarqués à Lampedusa) que Paris ne veut pas «subir une vague d’immigration» et met en garde (en réaction au
chaos en Libye) contre «une immigration non contrôlée»«Les personnes qui se présenteront en France en situation irrégulière seront refoulées», menace-t-il, feignant
d’oublier que les personnes fuyant des violences ont le droit de demander le statut de réfugié. Etrange parallèle, la patronne du FN n’a eu de cesse de dénoncer un «risque de
déferlante»
 d’immigrés en Europe. Elle s’est même rendue sur l’île de Lampedusa pour fustiger «ces centaines de milliers de migrants qui pourraient tenter leur chance en Union
européenne» 
(vidéo ici).

  • «Réduire» l’immigration légale

 8 avril 2011. Guéant demande que l’on «réduise le nombre de personnes admises au titre de l’immigration du travail». Jamais le chef de
l’État, y compris quand il était ministre de l’intérieur, ne s’était prononcé pour une baisse de l’immigration légale. Outre le changement d’axe, la formulation est particulière puisqu’elle
suppose l’existence de quotas, alors que les entrées d’étrangers sont censées reposer sur des critères valables pour tous sans plafond. Il se rapproche ainsi du FN, qui pense que «nous
n’avons pas besoin d’immigration de travail»
 et demande «l’arrêt de l’immigration légale».

  • Course au record «historique» d’expulsions de clandestins

8 août 2011. Guéant décide de «remonter» l’objectif de 28.000 reconduites d’étrangers en
situation irrégulière «à 30.000» pour atteindre le «meilleur résultat historiquement enregistré» par la France. Une manière de défendre sa «vision
de la France de demain»
. Un mois plus tôt, l’UMP a proposé une série de mesurespour renforcer la politique de contrôle de
l’immigration illégale en vue de 2012. Une surenchère par rapport à Marine Le Pen, qui réclame de son
côté «l’expulsion immédiate des clandestins» et«l’immigration zéro».

  • L’«assimilation» des immigrés

 10 mai 2011. Guéant refuse la naturalisation d’un Algérien
pour«défaut d’assimilation». Le mot est lâché. Il est aussi utilisé par François Fillon le 11 décembre 2010 lors d’un conseil national de l’UMP, et développé par le conseiller spécial de
Sarkozy, Henri Guaino (ici et ).

Le 3 juillet, le ministre de l’intérieur «persiste et signe». Les immigrés «doivent se fondre dans un destin collectif»:«l’apprentissage de la langue française, de
l’histoire de France, des règles du vivre ensemble qui sont les nôtres et plus largement de tout ce qui fait notre identité»
«S’assimiler, c’est aller plus loin, c’est épouser
notre culture, c’est participer pleinement aux formes essentielles de la vie sociale et culturelle française.»

Vidéo Du FN dans le texte:«L’assimilation est la seule méthode», croit Marine Le Pen pour qui
cela «démontre la volonté d’intégrer la communauté de destin»«On a voulu l(a) remplacer par l’intégration. On a dit aux immigrés (…) « gardez votre culture, votre
langue, vos traditions, surtout n’essayez pas de vous fondre dans la communauté nationale ». On voit à quoi ça mène!»
 dit-elle chez Ardisson (ci-contre).

  • Les «sans-papiers» ni «propres» ni «honnêtes»

Vidéo 27 novembre 2007.Interrogé sur M6 sur le fait de savoir s’il
y aura «toujours des sans-papiers sur le territoire français», Hortefeux répond:«Ben, si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes,
propres (…), la vérité, c’est que c’est un combat permanent.
»

  • Des «tests ADN» pour les immigrés

13 septembre 2007. Avec le soutien de l’Elysée, le député Thierry Mariani propose la mise en place de tests ADN pour les candidats au regroupement familial.
Un «amendement très intéressant» selon Brice Hortefeux. Une «dérive front-nationalisante» pour le PS. L’UMP le vote, Besson l’enterrera deux ans plus tard.

«Il faut garder notre électorat de droite et récupérer ceux qui vont un peu à l’extrême droite»expliquait à Mediapart la députée européenne et adjointe (UMP) au maire de Marseille,
Dominique Vlasto. «La campagne (de 2012) se fera à droite», a promis la Droite populaire. A droite toute.

Source : Médiapart

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